Le psychopathe vénitien

Publié le 26 Avril 2014

Venise et son labyrinthe

Malgré mon coup de gueule d’avant-hier, il ne faudrait pas faire semblant d'être con pour refuser de visiter Venise sous prétexte que ce serait trop touristique. Surtout quand c’est la route. J’y suis donc allé, avec force enthousiasme.

Quittant Padoue en fin d’après-midi, c’est à la tombée du jour que j’ai fait mes premiers pas sur l’île. Une bonne chose en fin de compte, puisque ça m’a permis de me promener sans avoir à jouer des épaules. Beaucoup moins qu’en journée le lendemain, en tout cas. La ville est clairement magnifique et j’ai évidemment pris grand plaisir à la découvrir, même si je ne m’étendrai pas sur le sujet. Venise fait manifestement l’unanimité et je ne suis pas là pour enfoncer des portes ouvertes ni jouer les guides touristiques.

Je soulignerai simplement une chose, qui m’a marquée pendant mon séjour sur place : cette ville est un sacré labyrinthe ! J’ai habituellement tendance à m’enorgueillir de mon sens de l’orientation. Sans que j’aie à y réfléchir ou à prendre de points de repères, je sais toujours où je suis et vers où je vais. Virage à gauche, virage à droite. Nord, sud, est, ouest. Mon cerveau fait les calculs tout seul et ça marche très bien comme ça. Champion.

Mais pourquoi est-ce que je m’auto-jette des fleurs de la sorte ? Simplement pour souligner le fait qu’au contraire, ici, je n’ai cessé de me paumer lamentablement ! J’ai d’abord cru que c’était parce qu’il faisait nuit et que j’étais fatigué. J’ai ensuite engueulé ma boussole et maudit l’inexactitude de leurs misérables cartes. Mais non, en fait, c’était bien moi qui n’étais pas foutu de m’y retrouver. Il faut dire que garder un cap n’est pas évident avec tous ces canaux. Il n’y a pas de pont partout et après avoir zigzagué entre les bâtiments, les ruelles finissent souvent en culs-de-sac (à moins d’avoir une barque amarrée au ponton). Résultat : j’ai mis deux heures pour arriver à la place Saint-Marc qui ne se trouvait pourtant qu’à trois kilomètres de mon auberge à vol d’oiseau…

A part ça, au rayon anecdote, j’avais repéré un petit bout de canal vachement photogénique. Tout content, je me suis donc tranquillement mis en position, j’ai commencé à bidouiller mes petits réglages, ajusté le cadre pendant dix minutes, quand, enfin, je me suis trouvé prêt à appuyer sur le déclencheur. C’est à ce moment là que la fenêtre d’au-dessus s’ouvre et qu’un carton de pizza prend son envol pour tomber dans la flotte, un mètre devant moi, pile dans mon premier plan. Surpris, je lève les yeux et vois maintenant sauter deux sacs poubelles, qui finissent également leur course dans le canal. Là, je m’interroge, et peut être pourras tu m’éclairer sur le sujet : c’est le système normal de gestion des ordures à Venise ou je suis juste tombé sur un gros con ?

 

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Départ précipité vers la Croatie

Je comptais rester ici encore deux ou trois jours, mais j’ai finalement dû anticiper mon départ ce samedi après-midi. En effet, la pleine saison touristique n’ayant pas encore officiellement commencé, j’ai galéré comme pas permis pour trouver une embarcation. On m’a d’abord systématiquement envoyer chier, prétextant que les premiers ferry ne partaient pas avant le mois de mai, voire même juin selon certains. Au final, en s’adressant aux bonnes personnes, il s’est avéré que la saison avait bien débuté il y a quelques jours – ouf – mais qu’il n’y avait pour l’instant qu’un seul bateau par semaine, le samedi – merde. Cet unique ferry hebdomadaire m’aura donc contraint à partir plus tôt que prévu, entrainant par la même une péripétie invraisemblable que je m’en vais te conter de ce pas. Je vais tâcher de ne pas faire trop long, même si ça risque d’être compliqué tant les détails sont croustillants.

Tout d’abord, il faut bien comprendre qu’étant donné la fréquentation touristique, il est presque impossible de trouver un hôte via Couchsurfing à Venise – ou même un lit en auberge de jeunesse, d’ailleurs. Des cinquante demandes que j’ai dû envoyer, seule une aura obtenu une réponse favorable, les autres étant souvent simplement ignorées. « Ok, je t’hébergerai trois jours, pas de problème. Crois-moi, tu as beaucoup de chance de me rencontrer, je suis une personne vraiment extraordinaire. » Euh… Là, déjà, face à tant d’humilité, je me dis qu’il y a quelque chose qui cloche. Mais j’ai tellement galérer pour obtenir un toit que je ne peux plus me permettre de faire la fine bouche. Après la nuit qui allait suivre, j’aurais retenu cette leçon primordiale et me promettrais de ne jamais plus y déroger : toujours, toujours faire confiance à son instinct.

Alors que nous nous retrouvons dans la rue vers vingt-et-une heures, je m’excuse immédiatement auprès du brave homme en l’informant que, du fait de mon problème naval, je ne pourrai rester qu’une nuit chez lui, au lieu des trois convenues. A ma grande surprise, le type devient rapidement écarlate et entre dans une colère noire, me traitant de tous les noms. Avec les veines prêtes à éclater sur son crâne ras, l’enragé a des allures de bulldog. « Si c’est comme ça, je ne t’héberge même pas ce soir, démerde-toi ! » Euh… ok. Alors que je m’apprête à quitter les lieux, arrive Dakshin, un jeune indien qui est lui aussi censé se faire héberger avec moi. Bien qu’il s’en prenne plein les dents lui aussi à cause de ses dix minutes de retard, la tension finit par redescendre un peu et nous partons tous les trois en direction de la maison. J’aurais mieux fait de profiter de l’occasion pour me barrer de mon côté.

Marco, Andrea ou Massimo – quelque soit son nom puisqu’il semble en changer comme de chemise – se lance alors dans le discours mégalo qui ne pouvait que suivre son humble premier mail. Se présentant comme une « légende vivante » du Couchsurfing ayant hébergé plus de mille personnes depuis son inscription (chose mathématiquement impossible), il ira jusqu’à justifier l’absence de référence sur son compte par sa suppression pur et simple par « les américains ». « J’étais devenu trop important, il en ont après moi, c’est pour ça que je prends des pseudonymes. ». Il passera ainsi l’heure et demi de marche jusqu’à chez lui à monologuer sur sa grandeur, non sans oublier au passage de nous rappeler textuellement que nous ne sommes que idiots. Ayant cessé d’essayer de nous défendre, l’indien et moi-même nous contentons désormais d’échanger quelques sourires interrogateurs. Mais c’est qui ce taré ?! Nous passons maintenant la porte d’entrée de son taudis. Alors que tout indique que le mec est complètement givré, je viens de manquer ma dernière échappatoire.

S’étant initialement présenté dans son mail comme un prof de judo professionnel, le bougre nous avait proposé d’organiser un cours à son dojo « dans le cadre de l’échange culturel de Couchsurfing ». En manque de pratique de mon propre art martial, je dois dire que j’avais été plutôt séduit par l’idée. « Je propose ça à tous ceux qui me demandent de les héberger, ça me permets de trier les pédés. » Tiens, il est homophobe en plus. « Je vais manger avant qu’on y aille, mais vous n’avez le droit de rien avaler sinon vous risquez de vomir après. » Voilà autre chose. Et c’est reparti pour un nouveau monologue, raciste cette fois. « Vous, les indiens, vous êtes tous dégueulasses. Puis vous autres les français, vous êtes que des gros cons. Je suis psychologue-mentaliste à l’aéroport, je sais de quoi je parle. » What the fuck ?! Puis je croyais que t’étais prof de judo ? Mythomane par dessus le marché. Après quelques verres de vins, il commence à sembler moins hargneux, mais de plus en plus con. Tout se mélange, il change cinq fois de nom, de métier, divague sur des histoires aussi invraisemblables que vulgaires, tout en conservant son vocabulaire xéno-homophobe. Dakshin et moi sommes atterrés, ne sachant si nous devons rire ou pleurer.

Il est près de 2h du matin quand il daigne enfin nous laisser nous coucher, repoussant la session judo au lendemain. C’est ça, va dormir. « Vous passerez la nuit dans le salon. Mais vous ne pouvez pas fermer la porte, c’est malpoli. » C’est quoi encore cette histoire ? Allez, tout ce que tu veux pourvu que tu nous foute la paix. M’interpellant à part, le psychopathe va maintenant plus loin. « Quand tu auras éteint la lumière, attends deux minutes et saute lui dessus, hein. Tu le plaques au sol avec ton corps pour qu’il puisse plus bouger, ça sera rigolo. » Nan, écoute mec, je le sens pas là, désolé. Il insiste un moment puis, déçu, par se coucher dans une autre pièce.

Après avoir entendu sa porte claquer, mon compère et moi éteignons la lumière et commençons à rire – jaune – de la situation. Voyant le pseudo-tapis de mousse recouvrant le sol, nous venons de réaliser que le cours de judo était en fait prévu dans le salon – le dojo étant bien évidemment une affabulation. C’est décidé, demain à la première heure on met les voiles. Quelques minutes passent ainsi avant que je n’entende une respiration dans le couloir. Mais c’est qu’il nous espionne, le con ! Je me lève alors en sursaut et éclaire la pièce pour le confronter, négligeant la probabilité qu’il se mette en rogne. Le voici face à moi dans le couloir, la bedaine dépassant de son slip kangourou. Mais tu fous quoi, là ? « Euh… J’allais aux toilettes » lâche-t-il avant de fondre en sanglots – sans pour autant se diriger vers la salle de bain –, changeant subitement de personnalité. Bipolaire, manquait plus que ça. « J’ai l’impression que vous ne m’aimez pas. » Sans déconner ? Qu’est-ce qui nous a trahis ? Une demi-heure, qu’il me faudra pour le réconforter et le remettre au lit. Inquiet de sa complète instabilité mentale et incapable de prévoir son comportement à venir, c’est un couteau à la main que je passerai le reste de la nuit dans mon sac de couchage, incapable de trouver le sommeil…

Le jour se lève enfin, et nous avec lui. Le connard agressif des premières heures est de retour. Dakshin étant un brin paniqué, c’est moi qui prend les devant pour annoncer à notre « hôte » que nous allons partir sur le champ en faisant l’impasse sur le cours de lutte, m’attirant ainsi un courroux dépassant tout ce qu’il avait pu exprimer la veille. « Je te hais, enfoiré ! A partir de maintenant je vais consacrer mon existence à ruiner la tienne. » Dakshin se déplace subrepticement derrière moi. L’homme a beau faire quarante kilos de plus que nous et être taillé comme un buffle, je sens mes poings se serrer, prêt à en découdre pour sauver ma peau. « Je suis de la police, j’ai le bras long, tu ne le prendras jamais, ton bateau pour la Croatie ! » Ah, il a quand même l’intension de me laisser sortir de chez lui. Vas-y mon gros, parle autant que tu veux tant que tu nous laisses atteindre la porte. Lorsque nous filons enfin, sans jamais lui avoir tourné le dos, je peux distinctement voir son front perler de rage et la fumée sortir de ses oreilles.

Et voilà comment tu te fais un sacré souvenir ! Une nuit chez un psychopathe mégalomane homophobe raciste et bipolaire, crois-moi, ça ne s’oublie pas !

C’est donc dans ce contexte un peu spécial que je mets en ce moment même les voiles vers l’autre rive de l’Adriatique. Pris au dépourvu, je n’ai pas eu le temps de réserver d’hébergement ni de planifier quoi que ce soit. Je n’ai su qu’au moment du départ où précisément allait arriver le bateau. Je n’ai pas la moindre idée de ce à quoi ressemble ma destination, si c’est beau, moche, touristique ou désert, et encore moins de la direction que je prendrai demain matin. Alors même que je me plaignais il y a deux jours de mon excès d’organisation, l’aventure m’a finalement rattrapé et il n’est pas impossible que je doive passer la nuit sur la plage. J’espère qu’il fait beau en Croatie…

Rédigé par Pierre

Publié dans #Italie

Commenter cet article

tatlolotta 01/05/2014 10:37

Heureusement que l'on peut lire en replay après quelques jours ! Donc pour faire court j'ai préféré le lancer de cabri au lancer de poubelle !!!!!!la suite !la suite!
bisous
Ps :que de belles et romantiques photos .....

Baaz 30/04/2014 17:25

Profites bien de la Croatie tu y vas au bon moment !
Profites des belles îles et parc nationaux très sympa de ce pays.
Certes très très très très touristique, Dubrovnik vaut vraiment le coup d’œil, si tu passes dans le coin (vas-y le soir ou le matin et quand il fait moche comme ça d'un coup il y aura beaucoup moins de monde). Et si tu as envie de treks et de montagne tu peux passer par le Monténégro, moins touristique et plus beaux :)

Bref Enjoy !

A bientôt sur les routes :)

Pierre 02/05/2014 14:04

Merci pour les tuyaux mais j'ai je ne pense malheureusement pas avoir le "temps" de descendre trop au sud pour voir les îles et Dubrovnik... L'air de rien le temps passe, je dois être en Russie dans un mois et j'ai quand même plus de 2 000 bornes à faire donc je vais éviter de descendre trop bas ! Ça sera pour une prochaine fois ;)

AlEX 28/04/2014 18:11

Keep doing good my friend! Take care! Always a pleasur to read your articles!

Pierre 30/04/2014 15:35

Thanks, have fun in ladyboys country ;)

Marrainelol 27/04/2014 14:09

Venise est une pure merveille... on a tellement aimé cette ville unique qu'on y est allés 2 fois ! Mais effectivement c'est assez sale... et l'été, lorsqu'il fait très chaud, ça sent pas la rose ;-) Bon séjour en Croatie, on a hâte d'en savoir plus !!! Bisous

Pierre 28/04/2014 12:54

Merci :)

Michel 27/04/2014 18:46

Très très belles !

Marrainelol 27/04/2014 14:26

... tes photos de Venise au crépuscule sont très belles !!!

Pierre 26/04/2014 22:22

Je casse le suspens tout de suite pour les inquiets : je vais bien, j'ai un toit pour la nuit, et déjà de super trucs qui se mettent en place pour les jours à venir ! Plus de détails au prochain épisode... ;)

Omero 26/04/2014 21:55

Ahhh! Suspens quand tu nous tiens! J'espère que tu trouveras quand même un abris ( à Pula?) parce que dormir sur la plage... sous la pluie ... on pense fort à toi

JP 26/04/2014 21:50

Tu n'as pas laissé insensibles les Dieux du hasard... Je te souhaite du beau. Bonne nuit !