Coup de mou polonais

Publié le 30 Mai 2014

Arrivé à Cracovie, je réalise que les bains turcs n’ont pas suffi à éliminer la fatigue que j’avais commencé à éprouver à Budapest. Alors que je passe devant les deux statues de lions sur la place Rynek Główny, je reste figé devant la pose que leur a donnée le sculpteur : ils ont l’air totalement exténués, en particulier celui de droite qui semble au bord de la rupture. J’ai soudain le sentiment qu’ils essayent de me dire quelque chose. Comme s’ils étaient mon reflet, les messagers de la lassitude que j’essaye de refouler depuis quelques jours.  

Cracovie
CracovieCracovieCracovie

Cracovie

Suite à ma prise de conscience italienne du mois dernier, j’avais réussi à cesser la course aux sites touristiques, en prenant mon temps dans des endroits plus incongrus, comme à Rovinj ou Kuterevo. Mais le fait est que, entrainé dans la marche forcée qui devait m’amener rapidement jusqu’en Russie – plus de deux mille cinq cents kilomètres de stop en deux semaines –, je suis malgré moi retombé dans les travers du modèle un-jour-de-voyage/deux-jours-de-visite. Et là, ça commence sérieusement à me gonfler.

Définitivement, trop de ville tue la ville. Je n’éprouve vraiment plus autant de plaisir qu’aux premiers jours à la découverte de nouvelles cités européennes. Cracovie, pour ne mentionner qu’elle, a pourtant tout pour me plaire. Mais toutes ces villes ont beau être attrayantes et différentes les unes des autres, arrive un moment où, à force de les enchainer, tu as quand même l’impression de voir tout le temps la même chose – même si ce n'est pas réellement le cas. Je ne pense pas être blasé, loin de là. Je crois simplement que je sature du vieux continent. Mes hôtes sont tous plus accueillants les uns que les autres, mais même cela n’est plus suffisant et, en dépit des immenses avantages du Couchsurfing dont j’ai déjà largement fait état, ces rencontres organisées ont elles aussi trop souvent des airs de déjà-vu qui ne me satisfont plus pleinement.

Peut-être le cap des deux mois loin des proches qui est dur à passer. Ou alors c’est encore une fois le fameux syndrome du début de la fin, quand tu es si près de la ligne d’arrivée que les derniers mètres te semblent soudainement interminables – dans le cas présent, ladite ligne d’arrivée étant l’entrée en Asie. Il me faut un véritable changement pour pouvoir repartir de plus belle. J’ai besoin du dépaysement total que l’Europe ne peut plus m’offrir. Je n’attends donc plus qu’une chose : arriver à Moscou pour poser mes fesses dans le train qui me transportera loin vers l’Est.

VarsovieVarsovie
VarsovieVarsovie

Varsovie

En attendant, je me suis dit qu’une petite virée extra-urbaine serait de bon ton pour sortir de ma routine des derniers jours. Bonne idée au demeurant, sauf que j’ai fait très fort quant au choix de la destination. Alors qu’il aurait certainement été judicieux de choisir une activité fun et dynamique, j’ai foncé tête baissée vers le temple de la dépression. Immersion dans les heures les plus sombres de l’histoire de l’humanité, dans le lieu qui sert d’étalon aux endroits les plus glauques de la planète. Bienvenue à Auschwitz-Birkenau.

Alors que le bus approche du plus grand centre de concentration et d’extermination que les nazis aient mis en place, je sens une boule se former dans mon ventre. Je vois les poils de mes bras s’hérisser en distinguant les premiers murs barbelés qui apparaissent au bout de la route. Pour la suite, les mots n'auraient pas grand sens, je te laisse découvrir par toi-même le jour où tu passeras dans la région... Un seul conseil : en ressortant, fais comme moi, repasse-toi La vie est belle et tu retrouveras le moral !

Auschwitz-BirkenauAuschwitz-Birkenau
Auschwitz-BirkenauAuschwitz-BirkenauAuschwitz-Birkenau
Auschwitz-BirkenauAuschwitz-BirkenauAuschwitz-Birkenau
Auschwitz-BirkenauAuschwitz-Birkenau

Auschwitz-Birkenau

PS : Ceci étant dit, ne t'inquiète pas, nul besoin de me réconforter, je vais très bien !

Rédigé par Pierre

Publié dans #Pologne

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Françoise 01/06/2014 12:10

Horreur, malheur...
Vivement la suite de ton voyage !
Plein de bisous.

tatalolotte 01/06/2014 09:47

Que tu as bien fait sans le vouloir vraiment ! ton âme temporairement slave dans un pays complètement slave ! Ta vibration a du être intense!Sans être polonais de racine, tu as pu ressentir une partie de leur histoire !Un chapitre pesant de ton livre de vie et bientôt Plus loin maintenant l'approche de l'Asie ,étrangère ,et ta petite soeur tellement familière !<3

Pierre 01/06/2014 10:59

:)

Omero 01/06/2014 09:46

Courage Pedro! Dis toi que les prochaines virées extra-urbaines ne pourront être que plus bénéfiques pour ton moral en attendant de toucher le Graal... Ceci dit, les photos de Auschwitz sont " superbes "!?... ( çà fait bizarre d'écrire cet adjectif pour un lieu pareil...) et donnent des frissons pour de multiples raisons... et quand au lion, souviens toi que, même s'il passe une grande partie de son temps à se légumer au soleil comme les statues telle une grosse larve avachie, çà reste le roi de la jungle, l'incarnation de la Force avec un F majuscule... alors que la Force reste avec toi!!!

Omero 01/06/2014 13:04

Non seulement tu as bien fait mais en plus tu les as très bien faites: on a l'impression pour certaines d'être sur place en pyjama rayé...

Pierre 01/06/2014 10:59

Merci pour les photos. J'avoue que je ne savais pas trop si je devais en faire ou pas au début. Mais en fin de compte ça fait aussi partie du devoir de mémoire...

julia 30/05/2014 13:44

Courageux d'aller visiter auschwitz ! Déjà le struthof m'avait mise mal à l'aise...

Marrainelol 30/05/2014 15:02

Encore moi :-)
Ton voyage à Auschwitz me fait repenser au voyage que Romain a fait à Auschwitz lorsqu'il était en 3ème. Il s'était inscrit tout comme 700 autres jeunes (une centaine de Nancy) - volontaires bien sûr - à ce voyage très particulier dans le cadre d'une journée nationale de la Déportation. Ils étaient montés accompagnés de professeurs et de rescapés d'Auschwitz en gare de Metz dans un train "spécial" commémoratif, le "Train pour l'hommage aux justes", direction la Pologne. Ils ont suivi le chemin emprunté par le premier convoi de déportés juifs qui quitta Drancy pour Auschwitz en mars 42. Romain était rentré à la fois content d'y être allé et retourné par ce qu'il avait vu. Même s'ils étaient partis avec une légitime appréhension, ils souhaitaient tous constater de leurs propres yeux l'inimaginable... afin de pouvoir témoigner à leur tour. Ne jamais oublier et ne pas dire que c'était juste un détail !

Pierre 30/05/2014 14:24

Ça met le Struthof en perspectives...

Marrainelol 30/05/2014 12:49

Auschwitz-Birkenau (bien qu'intéressant) n'est pas non plus l'endroit le plus fun pour se remonter le moral LOL
Je pense que tu es à un nouveau tournant de ton voyage et qu'effectivement le passage en Asie avec sa mosaïque de peuples, de paysages, de cultures va te rebooster !!
Grand grand dépaysement en perspective pour toi et, du coup, pour nous ! On a hâte aussi ;-)
Gros bisous, Pierre !

Pierre 30/05/2014 14:23

Merci, c'est en effet aussi ça un carnet de route... J'avoue qu'un petit chez soi tranquillou à rien faire pendant une journée, ça manque parfois ! Bisous !

Marrainelol 30/05/2014 13:43

Et t'inquiète, on ne se dit pas "La chance qu'il a, mais comment peut-il se plaindre ?" On a bien compris que tu ne te plaignais pas, que tu partageais simplement et honnêtement avec nous, comme tu l'as déjà fait, tes sentiments du moment... Merci ! C'est ça un carnet de route :-) Il est normal que tu aies des hauts et des bas... voyager seul c'est pas simple (tu m'impressionnes !)... la fatigue aussi (ne pas pouvoir se poser un peu chez soi tranquillou, être sans cesse sur la route) Allez, re-bisous !