Bienvenue en République d'Uzupis

Publié le 4 Juin 2014

La nuit a été longue. Ou courte, selon le point de vue. Difficile de dormir dans le bus nocturne qui me transporte de Varsovie jusqu’à Vilnius. Déjà, parce que, maintenant que j’ai bien grimpé vers le nord, le soleil ne prend plus la peine d’aller se coucher pendant très longtemps (en cette saison, pas besoin de lampe de poche si tu te lèves pour pisser à trois heures du matin). Ensuite, parce qu’en position assise avec une voisine qui ne cesse de jouer des coudes, ce ne serait pas facile de s’endormir même s’il faisait noir. Je sens un sourire se dessiner sur mon visage en pensant aux journées de bus qui m’attendent en Asie, dans des conditions assurément bien pires !

Quoi qu’il en soit, indépendamment de mon petit coup de mou polonais, c’est donc avec de belles valoches sous les yeux que j’arrive dans la capitale lituanienne. Alors que je marche vers chez Laurynas et Vaida, je suis extrêmement surpris par l’état dans lequel se trouve le quartier. Je ne me situe pourtant qu’à quelques pas de la gare, et à peine plus du centre historique, mais j’ai pourtant presque l’impression d’entrer dans un bidonville.  En tout cas pas dans le centre d'une capitale européenne... Les routes sont défoncées et certaines maisons en bois tiennent à peine debout. Le tout noyé dans l’épaisse brume qui recouvre la ville ce matin, l’atmosphère est des plus lugubres. 

Vieux quartier russe (sans la brume matinale) Vieux quartier russe (sans la brume matinale)
Vieux quartier russe (sans la brume matinale) Vieux quartier russe (sans la brume matinale)

Vieux quartier russe (sans la brume matinale)

Mon hôte m’expliquera plus tard qu’il s’agit d’un vieux quartier russe, sans eau courante – les habitants devant aller s’approvisionner à la fontaine la plus proche – mais qui n’est aucunement représentatif du reste de la ville. J’aurai l’occasion de confirmer la chose dans l’après-midi, après une sieste réparatrice bien méritée, en me promenant dans un centre effectivement des plus conventionnels.

Centre de Vilnius Centre de Vilnius Centre de Vilnius

Centre de Vilnius

Tandis que Laurynas m’emmène à la découverte de sa ville, il m’apprend qu’il existe en cette étrange capitale un secteur bien plus spécial encore que le bidonville russe. Un quartier qui, suite à sa déclaration d’indépendance en 1997, s’est autoproclamé république, sous le nom d’Uzupis – signifiant « de l’autre coté de la rivière » en lituanien, la Vilnia le séparant en effet du reste de la ville. Après avoir longtemps été un district malfamé, la jeune république est désormais devenue le repère d’artistes et bohémiens en tous genres qui représentent une part significative de ses sept mille habitants, à tel point qu’on la considère comme le Montmartre lituanien. Les murs sont taggés, des kairns poussent au milieu de la rivière et des sous-vêtements en métal sèchent au-dessus des ruelles. Normal.

Uzupis est gouverné par un Président (accessoirement cinéaste, poète et musicien) et un cabinet de ministres, mais dispose également d’une reine, élue chaque année et à qui on demande essentiellement d’être belle sur son trône. Une armée régulière de onze à dix-sept hommes (selon les sources) assure la défense du pays. Pour affirmer son statut, la nation s’est dotée non seulement d’un drapeau, d’une monnaie (l’eurouz) et d’un hymne, mais aussi et surtout d’une constitution, affichée et traduite en une vingtaine de langues sur les murs du quartier. Pour le moins originale, celle-ci déclare par exemple que « l’Homme a le droit de paresser ou de ne rien faire du tout » (art. 9), « le chat a le droit de ne pas aimer son maitre mais doit le soutenir dans les moments difficiles » (art. 13), ou encore que « l'Homme a le droit de fêter ou de ne pas fêter son anniversaire » (art. 26). Ça semblait effectivement important de préciser tout ça.

République d’Uzupis République d’Uzupis
République d’Uzupis République d’Uzupis
République d’Uzupis République d’Uzupis République d’Uzupis
République d’Uzupis République d’Uzupis

République d’Uzupis

Tout ceci est évidemment une vaste farce, la république n’étant pas reconnue par qui que ce soit (et le véritable maire de Vilnius résidant lui-même dans le quartier). Le choix de la date de déclaration d’indépendance, le 1er avril, n’est d’ailleurs certainement pas dû au hasard. Mais reste que la blague est prise on-ne-peut plus au sérieux depuis dix-sept ans, et si aucun citoyen ne dispose de documents d’identité officiels, on te tamponnera en revanche un visa uzupien dans ton vrai passeport si tu souhaites entrer dans le pays le jour de sa fête nationale ! 

Rédigé par Pierre

Publié dans #Lituanie

Commenter cet article

Michel 06/06/2014 07:16

Vive la République d'Uzupio. Et vive Pierre, qui nous fait découvrir des choses toujours très sympathiques et étonnantes.

Eve 05/06/2014 10:04

Trop sympa cette histoire sur la république d'Uzupis ! Heureusement qu'il y en a encore qui sortent un peu des sentiers battus ! A bientôt !

Marrainelol 04/06/2014 15:02

Tu trouves toujours des endroits très originaux ! C'est cool ;-) Et que font tes hôtes ? Bisous

Moi 04/06/2014 20:02

Moi, j'ai connu un gars qui a participé à l’élaboration de cette constitution… Ou alors c’était son père qui avait… Mais je… Dans tous les cas, il me paraissait important de l’évoquer ici et à cet instant !
Ce dont je suis certain, c’est que nous avions longuement parlé de l'article 1664 devant de (trop) nombreux verres de Balzams, et que malgré ce que garantissait Boleslavs à l’époque, je vous affirme (ou confirme pour les quelques initiés) que le vāvere (j’avoue de plus me souvenir de son nom en Uzupisois) est le meilleur ami de l’homme, mais uniquement s’il le veut et les jours de grand vent.
Bon nous n’allons pas parler que de moi et de mes souvenirs plus longtemps, même s’il me faut bien l’avouer, il est bien agréable d’évoquer ce vieil Boleslavs (paix à son âme).
Dernier point, ils étaient 14, c'est le chiffre exact et personne ne peut le contester (il y a des choses avec lesquelles il ne faut pas rigoler). D’ailleurs Stanislav Andriïovitch Chourine le clame avec force dans sa chanson (toujours un véritable tube dans les pays Baltes).
Bon j’avais dit que je vous laissais, mais j’attends d’ici certains se gloser car Stanislav Andriïovitch Chourine serait à moitié Russe et je ne peux les laisser faire et dire, car il était Letton par sa mère et Ukrainien par son père, qu’on se le dise !!! Pierre, fais bien attention à ce point, les Lettons sont sensibles à ce propos. Pour le reste pas de problème.

christophe 04/06/2014 11:53

un beau pied de nez a tous ces technocrates de Bruxelles !

tatalolotte 04/06/2014 11:05

J'ai adoré la photo de la constitution inscrite sur les murs des bâtiments !beau jeu de miroirs !Quel plaisir de trouver quelques rebelles inventifs créateurs ! Inconnus au bataillon si tu ne nous en avais pas parlé !Ressources toi !et merci pour ce petit Montmartre Lituanien !

Jonathan 04/06/2014 10:13

"L'Eurouz", OK. Ces mecs sont des génies, ça a l'air grandiose. :D

Toncha 04/06/2014 08:34

Dommage, ca aurait été trop bien un stempel Uzupio dans ton passeport !

Omero 04/06/2014 08:32

T'es sûr que la brume du quartier russe est naturelle? Ce ne serait pas une brume " euphorisante " qui descendrait de la république d'Uzupis? ... ;)