La pire rando de l’histoire

Publié le 22 Juin 2014

Après deux jours à Khoujir, l’appel de la nature devient irrésistible. Ça fait un petit moment que j’ai envie d’aller randonner et, là, l’occasion est trop belle. Nous avons encore quelques jours devant nous avant de devoir rentrer à Irkoutsk pour récupérer nos visas mongols et la relative petite taille d’Olkhon – soixante-dix kilomètres de long sur une dizaine de large – permet aisément son exploration à pied. Il paraît que le lever de soleil depuis la côte est vaut le détour. En poussant un peu, on doit même pouvoir faire le tour de l’île jusqu’à la pointe nord et redescendre par l’ouest afin de rallier Khoujir. Mes compères sont aussi emballés que moi, l’affaire est entendue. Le temps de bourrer les sacs à dos de nourriture et nous voilà partis. 

Mais si sur le papier le plan semble idéal, il ne faudra pas longtemps aux emmerdes pour nous tomber dessus. Nous quittons rapidement la steppe, non sans avoir jeté un coup d’œil par dessus l’épaule pour admirer le panorama sur le village, et pénétrons dans la forêt, qu’il nous faut traverser jusqu’à la côte opposée. Evidemment, notre carte étant aussi fiable qu’un anus en temps de gastro, nous nous retrouvons très vite à la ramasse et ne rallions finalement notre destination qu’après moult digressions forestières…

En route vers la côte ouestEn route vers la côte ouestEn route vers la côte ouest

En route vers la côte ouest

Là dessus, alors que nous montons le camp après une bonne pluie de bienvenue, nous réalisons d’une part que l’intégralité de la bouffe qu’on vient d’acheter à la supérette est périmée depuis un bon moment, et d’autre part qu’une petite tente deux places pour trois, c’est un peu juste. Opportunité m’est donc donnée de tenter de passer la nuit sous mon poncho, ingénieusement bidouillé en tente canadienne par dessus la table en bois. Fier comme un paon de mon installation, je me faufile dans l’abri, qui n’empêchera cependant pas la rosée de tremper mon duvet. Courte nuit donc, un poil humide, mais honnêtement compensée par le splendide lever de soleil qui m’est offert vers les quatre heures du matin.

Bivouac au bord du BaïkalBivouac au bord du Baïkal
Bivouac au bord du BaïkalBivouac au bord du BaïkalBivouac au bord du Baïkal
Bivouac au bord du BaïkalBivouac au bord du Baïkal

Bivouac au bord du Baïkal

Pensant laisser les galères derrière nous en levant le camp peu de temps après, c’est en réalité la pire journée de rando de l’histoire qui nous attend. Après six heures à nous péter les chevilles sur les galets instables qui parsèment la plage, nous nous retrouvons à devoir escalader une falaise de pierrier pendant cinq heures supplémentaires. Le terrain glissant met les nerfs de tout le monde à rude épreuve. Parvenus au sommet – Ô Joie –, nous nous rendons compte que nous avons descendu toutes nos réserves de flotte sous le coup de l’effort – Ô Désespoir. Impossible de camper là haut dans ces conditions, il nous faut regagner la côte ouest dès ce soir. 

Entre plage et sommetEntre plage et sommet
Entre plage et sommetEntre plage et sommetEntre plage et sommet

Entre plage et sommet

Incapables de trouver le moindre sentier, nous devons, six heures durant, nous tailler un chemin à travers l’épaisse végétation, nous débattant constamment contre araignées, moustiques, fourmis et autres bestioles sympathiques. Piqué, griffé, mordu… Foutue forêt sibérienne. Nous sommes encore une fois complètement perdus, épuisés, prêts à remettre en cause la position du soleil plutôt que la boussole, par manque de lucidité. La terre dans laquelle j’ai rampé et la suie des arbres calcinés s’accumulent au contact de ma peau, formant une pâte dégueulasse à base de sueur et de crème solaire. Je n’ai plus figure humaine, on dirait que je sors de la mine. Et les autres n’ont pas plus fière allure.

Si seulement j'avais eu une machette...

Si seulement j'avais eu une machette...

Lorsque nous regagnons enfin le rivage, après plus de dix-sept heures de marche, le soleil est en train de tomber et je n’ai pas le courage d’attendre deux heures supplémentaires que les pastilles de chlore fassent effet. Tant pis si je chope une merde : je bois directement l’eau du lac, alors même que les vaches pataugent autour de nous ! Pour couronner le tout, plus un arbre ou un bout de bois pour me bricoler un abri. C’est donc entassés à trois dans l’étroite tente de Frizzette que nous passerons la nuit, au milieu de nulle part, avant de pouvoir regagner la ville le lendemain matin au prix d’une ultime marche éprouvante.

Bivouac dans la steppe

Bivouac dans la steppe

Des galères en rando, j’en avais déjà eu mon lot. Mais aujourd’hui, on a largement surpassé tout ce que j’avais jamais eu à endurer, même cumulé ! Une fois, pour l'expérience, mais pas deux…

Rédigé par Pierre

Publié dans #Russie

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Pierre 25/06/2014 15:06

Pour ceux qui s'inquiètent, je précise qu'outre le titre et le ton de l'article visant à créer une tension dramatique, on n'a jamais été en danger ni eu peur de ne pas y arriver. C'était juste un peu long et surtout inattendu... Mais évidemment ça fait un bon souvenir !

Michel 25/06/2014 22:07

Même pas peur pour toi, tellement je sais que tu es fort !!!

NoéKiba 24/06/2014 02:05

Beau résumé, en lisant, on sent l'agassement, mais bon ça a franchement l'air surmotable, avec du recule, ça ne sera pas le pire de ce périple... enfin si je vous le souhaite ! ( mais de mon point de vue, ça n'a ps l'air si térrible... oh lala la gonzasse pantoufflarde qui se la ramène) bon ok, je ne ferais plus que lire promis.

Mais quand même c'est cool de vous lire (Frizzette et toi)

JP 23/06/2014 21:36

Au milieu de nulle part, certes, mais pas n'importe comment. Cool la tente 1 place. Mais pourquoi t'es tu enturbanné ?...

JP 28/06/2014 14:26

Bonjour Michel. J'avais pris un peu de retard mais je le rattrape...

Michel 23/06/2014 23:19

JP !!! Cela fait bien plaisir de te revoir parmi nous.

Michel 23/06/2014 20:05

A propos de Wilson, puisque tatalolita fait allusion à lui. Il t'attend bien au frais au frigo, nous ne voulons pas qu'il souffre de la chaleur de l'été à Valence. Mais je pense qu'il t'en veut un peu d'être parti sans lui pour ses belles aventures.

Marrainelol 23/06/2014 18:37

Tout comme Omer, je ne connaissais pas l'expression "être aussi fiable qu’un anus en temps de gastro"... tu m'as fait beaucoup rire ;-))
Pour le reste : quelle aventure !!!!!!! Bisous

Baaz 23/06/2014 16:07

Boire l'eau du lac = petit joueur ! En cas de soif extrême, Bear Grylls conseil de boire son urine ! Donc si jamais n'oublies pas :) Les pires emmerdes font les meilleurs souvenirs donc je te souhaite pleins d'emmerdes pour la suite :) Bises

christophe 23/06/2014 11:32

whaou.... vous avez fait marché l'usine à fabriquer les souvenirs à pleins régime !
plein de bonnes choses pour la suite

Eve 23/06/2014 10:09

Superbes photos ! très sympa la tente de fortune ! Bravo pour votre persévérance et votre courage ! Aussi difficile qu'ait été cette rando, elle restera sans nul doute un souvenir mémorable ! :-)

tatalolita 23/06/2014 09:10

Hey Hey!Alors on essaie de tourner "into the wild " Bon heureusement que tu n'as pas eu besoin aussi d'un "Wilson" . LA COULEUR ET L'HUMOUR décapant de ton épopée ce matin au réveil est un pur régal pour moi comme d'hab! Je vois que la nature donne toujours autant d'elle mais à quel prix .....!une tendre pensée du matin pour vous trois (substantés ,ablutionnés et délassés :-)

Oméro 23/06/2014 09:01

Bien vu pour la tente! C'est pas toi qu'on appelait Mike Gyver? Quand à la carte aussi fiable qu'un anus en temps de gastro, je ne connaissais pas mais j'avoue que c'est savoureux! Les photos sont toujours aussi superbes, comme quoi... se surpasser çà a quand même du bon!