Route vers Hatgal et trek à cheval

Publié le 10 Juillet 2014

Me voilà donc fraichement débarqué à Hatgal – au sens propre comme au figuré, la température ayant drastiquement chuté pendant la nuit –, où j’ai prévu de passer quelques temps afin de découvrir la vie rurale mongole en travaillant pour Bayar. La route a encore été épique et, quitte à me répéter un peu, j’ai bien envie de te glisser encore quelques mots au sujet des bus mongols, parce que, vraiment, c’est quelque chose…

Déjà, il faut savoir qu’il n’y a jamais de problème, que des solutions. L’air conditionné est en panne et il fait une chaleur à crever ? Pas grave, on va faire tout le trajet avec la porte grande ouverte. Il manque trois places ? Aucun souci, il suffit de piquer des chaises dans le premier restaurant venu pour les installer dans le couloir du bus. Le pont qui enjambe la rivière menace de s’effondrer ? Facile, il n’y a qu’à faire traverser tout le monde à pied pour alléger le véhicule… Bref, les exemples sont nombreux mais t’as compris l’idée : pas de problème, que des solutions.

Après six heures de route vers le sud-ouest, je commence tout doucement à m’inquiéter : certes, je suis censé me diriger vers l’ouest, mais aussi et surtout vers le nord. Alors comme je ne suis pas sûr à cent pour cent d’être monté dans le bon bus (parce qu’évidemment la gare routière est aussi bordélique que le reste du pays), je me vois déjà perdu à l’autre bout de la Mongolie et la pression commence à monter… Mais soudain, le chauffeur bifurque à quatre-vingt-dix degrés vers la droite. Ouf, me voilà rassuré.

Sauf que nous laissons désormais la belle route goudronnée pour foncer droit vers la montagne sur un terrible chemin de terre cabossé. A partir de là, mes fesses ne toucheront plus le siège que pour rebondir un peu plus haut à chaque fois. Le chemin est invraisemblable : c’est censé être la route principale pour rallier le très touristique lac Khövsgöl, mais j’ai pourtant rarement vu une piste aussi petite et défoncée. Si elle s’élargit par moments, on dirait la plupart du temps un simple sentier de randonnée. Je sens mon cœur se serrer lorsque le chauffeur se lance dans une vertigineuse descente que je n’oserais pas emprunter à vélo, le bus manquant de se renverser dans le ravin à plusieurs reprises...    

Sur un autre sujet, je suis toujours aussi choqué de voir à quel point les abords des routes sont, à l’image de la ville, jonchés de détritus. En observant les passagers jeter leurs merdes par la porte ouverte du bus, je comprends mieux d’où viennent ces déchets, mais j’ai quand même du mal à concevoir qu’ils n’aient pas conscience des dégâts qu’ils causent à leur magnifique nature, qui constitue pourtant le bien commun le plus précieux du pays. Je sens que ma conscience environnementale va adorer les pays vers lesquels je me dirige.

Bref, je ne vais pas te raconter d’histoires : bien qu’on n’ait mis « que » dix-huit heures sur les vingt-trois prévues, le trajet reste un poil long et n’est pas toujours une partie de plaisir (secousses incessantes, chaleur étouffante, voisine essayant d’étendre son territoire, etc.). Mais je confirme une nouvelle fois que la beauté de la route compense largement les désagréments. Prendre de tels bus relève à mon avis de l’exercice indispensable pour qui veut réellement découvrir la Mongolie et, pour seulement quelques billets, tu auras l’occasion de t’émerveiller devant ce qu’on te ferait payer plusieurs centaines d’euros si tu partais pour la même destination en tour organisé.

On the road againOn the road againOn the road again

On the road again

Sans plus faire de préambule, me voici arrivé à Hatgal, disais-je donc, et l’entrée en matière se fait plutôt en douceur : sachant que je voulais m’initier à l’équitation, Bayar m’a d’abord prévu quatre jours de trek à cheval pour découvrir la région ! Merde alors, j’avais tellement hâte de commencer à travailler…

C’est son fils Otchko, dix-huit ans, qui me servira de guide. Ouais, carrément, j’ai mon petit guide perso ! Certes, il n’est pas toujours très loquace, mais la nature, je l’aime plutôt silencieuse donc ça tombe bien. On m’a attribué un petit cheval blanc prénommé Bor, qui montre quelques velléités à accélérer le pas, ce qui n’est pas pour me déplaire. Je ne me souviens pas avoir jamais fait de cheval de ma vie, mais la prise en main est assez rapide et intuitive sur ces canassons de petit gabarit. D’ailleurs, la seule directive que l’on me donne avant de partir, c’est « tu montes et descends par la gauche, c’est la tradition. » Pour le reste, démerde-toi !

Nous nous lançons ainsi à l’assaut de la vallée qui surplombe le village. Bien que monotone, le décor est splendide. Dans cette région du pays, les arbres ont refait leur apparition. Les marmottes-écureuils sortent de leurs terriers par centaines pour gambader à travers la prairie. Des nuées de papillons s’élèvent des hautes herbes au rythme de nos pas. Nos montures trottinent fièrement entre les troupeaux de yacks et de chevaux semi-sauvages, qui n’ont pas peur de nous rendre visite de très près, curieux de nous voir pique-niquer sur leur territoire. Un petit ruisseau par-ci, un joli rocher par-là. On doit être au summum du bucolique. Pensée spéciale pour ma petite Maman, qui saura assurément pourquoi…

Début de trek dans la valléeDébut de trek dans la valléeDébut de trek dans la vallée
Début de trek dans la vallée

Début de trek dans la vallée

Mais dans cette mécanique idyllique bien huilée, un grain de sable – en l’occurrence, le froid – peut suffire à tout faire déraper. Quelques frissons plus tard, ma vision romantique de la situation a pris un sérieux coup dans la tronche et me voilà de mauvais poil, vivant la situation de façon bien différente. Je commence à me dire que « monotone » c’est juste un joli mot pour dire « chiant» et que, franchement, on s’emmerde un peu. Finalement, ça ne serait pas plus mal si le jeune était un peu plus causant. Les gentils papillons se sont transformés en vilains moustiques. Le chant des oiseaux est désormais couvert par le bourdonnement des mouches, et l’odeur des fleurs, par celle des pets incessants de mon cheval. J’ai mal au cul, puis au dos, et aux genoux aussi. J’en ai marre !

Heureusement, à l’instar du moment où la vie redevient belle lorsque tu enlèves tes godasses après une grosse journée de marche, il suffit de poser pied à terre quelques minutes pour te sortir la tête du sable. Une petite sieste, un thé mongol au lait de yack et quelques rayons de soleil : j’ai déjà hâte de remonter sur le cheval pour remettre le couvert !

Les eaux claires du lac Khövsgöl
Les eaux claires du lac KhövsgölLes eaux claires du lac KhövsgölLes eaux claires du lac Khövsgöl
Les eaux claires du lac KhövsgölLes eaux claires du lac Khövsgöl

Les eaux claires du lac Khövsgöl

Nous battrons ainsi la campagne pendant quatre jours, écumant toutes les vallées du coin pour finir par longer les eaux limpides et scintillantes du merveilleux lac Khövsgöl. Oscillant entre moments d’exaltation et de ras-le-bol, mon trek à cheval mongol, j’en ai rêvé, je l’ai fait, et je suis super content ! Mais heureusement que je n’avais pas prévu deux semaines parce que je crois que ça aurait quand même fini par me gaver sérieusement !

Ah, oui, une dernière chose à propos du cheval : attention à l’excès de confiance. Sinon, il paraît qu’il suffit de faire un mauvais mouvement en essayant d’attraper sa GoPro dans son sac pour que le cheval t’envoie mordre la poussière. Enfin, je dis ça, il paraît… Mais mon guide avait sa technique bien à lui pour éviter de tomber dans la monotonie : se perdre. Point d’orgue d’une longue série d’approximations, nous avons fini aujourd’hui par nous retrouver à gambader sur une pente digne de celle d'Olkhon, puis carrément sur le bord de la falaise, cinquante mètres au-dessus de la plage, à la merci du moindre faux pas des chevaux. Voyant le jeune déboussolé et incapable de nous sortir de là, ce sera moi qui devrai prendre les devants en posant pied à terre pour conduire nos montures à rebrousse-poil. Professionnel. 

Gare au vertigeGare au vertigeGare au vertige

Gare au vertige

Rédigé par Pierre

Publié dans #Mongolie

Commenter cet article

Horse Discount 22/03/2017 10:21

Superbes photos, le trek en pleine nature a l'air tellement dépaysant ! Ca doit faire du bien après un voyage chaotique en bus ;)

Arthur 16/07/2014 13:08

Je ne vois le photos qu'en petit sur l'iPhone de Valentine (mon ipod m'a laché) mais ça a l'air top !! Ça donne envie d'aller en Mongolie tes articles (et de venir te rejoindre pour qu'on voyage ensemble !!). Pour les bus et les déchets : bienvenue en Asie ! Ça fait 3 mois mais ça me fait toujours autant halluciner de voir l'absence de prise de conscience écologique ici. Pour les bus mon record : 12 sur 4 places. J'attend que tu fasses mieux :) bisous

Michel 16/07/2014 23:12

Pierre, te voici obligé de relever le défi de ton frère. Mais malgré son score très haut, tu as tes chances, il rentre sous peu et ne pourra annoncer mieux, alors que toi tu joues dans la durée. Mais quelque soit le "vainqueur", vous resterez tous les deux mes champions.

tatalolotte 11/07/2014 21:42

Les fils Guerber mettent leurs fesses à rudes épreuves sur les routes de la planète !Mais alors quel vent de liberté vous nous donnez! Notre horizon s'étend à perte de vue grâce à cela!Je lis et je m' régale de toutes ces péripéties !!!!!!!!!!!!!

Françoise 12/07/2014 08:49

Je me régale avec toi.
Beau, Grandiose....
Effectivement, ces paysages, ces rencontres se méritent !

Michel 11/07/2014 13:36

Si si, tu as déjà fait du cheval ! Je t'envoi une photo par mail. Même position sur ta monture et large sourire.

Morgane 11/07/2014 10:33

Magnifiques photos, ça fait vraiment rêver ce dépaysement !
J'adore la photo de toi sur ton cheval :)
Continue de nous faire voyager !

Ta petite Maman 11/07/2014 01:40

Tout simplement : Merci Mon Grand ... avec toute l' émotion qui va avec :-)
Je t' embrasse cheveux au vent ...

Michel 11/07/2014 13:34

Et avec la robe blanche qui va bien !

Marrainelol 10/07/2014 17:40

Eh ben dis donc, tes dernières photos du trek sont "vertigineuses" !! Tu ne manques pas de cran (mais on le savait déjà LOL) !!! Le lac et les étendues sauvages sont splendides. Au fait, avais-tu déjà fait du cheval auparavant ? Chapeau bas:-) Bisous