Mon Naadam à la campagne

Publié le 14 Juillet 2014

Commémorant l’indépendance de 1921 vis-à-vis de la Chine, mais allant chercher ses racines jusqu’à Gengis Khan, le Naadam est une fête à l'importance considérable en Mongolie. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir la file d’attente devant la douche commune / salon de coiffure au milieu du village : habituellement désert, l'établissement ne désemplit pas en ce 10 juillet, veille du début des festivités. Chacun se parera de ses plus beaux atours, au moins une fois dans l'année.

J'ai renoncé au faste de la célébration d'Oulan-Bator pour privilégier une fête plus régionale, ici à Hatgal, où j’espère trouver une ambiance bon-enfant et peut être même – rêve un peu fou – participer activement à la commémoration. L'idée de venir en ce lieu, choisi au hasard parmi les régions reculées du pays, me semblait particulièrement géniale afin d’éviter la foule. Mais en réalité, le sort a voulu que je tombe sans le savoir sur l’une des villes recommandées par Lonely Planet pour passer le Naadam ! Pour l’absence de touriste, tu pourras repasser… Mais qu'importe, le soleil est au rendez-vous et l'édition 2014 s'annonce déjà une belle réussite.

Le camp a été installé en périphérie du village, de l’autre coté du lit de la rivière, tarie en cette saison. Au premier coup d’œil, on comprend qu’on sera effectivement bien loin de la splendeur de la capitale, l’évènement s’apparentant plus à une grande kermesse qu’à un festival prestigieux. Autour de la petite esplanade centrale sont installés pêle-mêle les vendeurs de savates, les jeux forains et les stands de bouffe traditionnelle, diffusant une alléchante odeur de graillon sur tout le campement. Surexcités, les enfants courent dans tous les sens tandis que les adultes posent fièrement dans leur deel des grands jours sous l’objectif des occidentaux. A dix heures du matin, le gros du village est déjà arrivé, et la fourmilière, pleinement active.

Après que le doyen du village ait élevé le drapeau mongol au son de l'hymne national, les chants et danses traditionnels marquent le commencement des festivités. Un gros beauf d’allemand se promène déjà sans gène au milieu de la piste, ignorant totalement les recommandations de sa charmante guide mongole. Il passera le reste de la fête de son coté, un œil vissé à sa caméra et l’autre à son iPad, pour mon plus grand plaisir puisque Nara sera désormais libre de m’expliquer tous les petits détails et anecdotes qui font du Naadam un évènement si particulier.

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Traditionnellement, trois tournois sont organisés : la lutte, la course à cheval et l’archerie. Ici, le fil rouge est clairement le premier, les combats se déroulant sans discontinuer pendant deux jours, sous l’œil passionné de l’essentiel des spectateurs. Chacun est libre de participer, même les touristes. Mais à la vue des colosses en slips moulants faisant leur entrée dans le stade, l’envie de m’impliquer personnellement me passe rapidement. Les lutteurs sont éminemment respectés en Mongolie, à l’image des sumos au Japon – dont les champions actuels seraient d’ailleurs tous mongols, m’a-t-on fièrement informé – et ils passent un temps infini à l’entrainement pour se préparer à la compétition.

Les règles sont on-ne-peut plus simples : faire tomber son adversaire au sol, un coude ou genou à terre suffisant pour être renvoyé au vestiaire. Et lorsque la rencontre s’éternise un peu trop, les juges peuvent décider de lancer les dés (ou de jouer à papier-caillou-ciseaux !) pour que l’un des lutteurs choisisse une position avantageuse afin de lancer une attaque dévastatrice à son opposant. A droite, l’un des géants vient de mordre la poussière. Le public est en liesse.

Si les affrontements eux-mêmes sont impressionnants, c’est surtout le folklore qui les entoure qui les rend si fascinants. L’avant et l’après combat sont rythmés par des traditions telles que la danse du Garuda (oiseau légendaire censé être le plus puissant de tous les volatiles), le jet de morceaux de fromage (que le public mangera pour s’approprier la force des champions) ou encore l’esthétique claquage de fesses – par les arbitres et les vainqueurs – afin d’encourager les perdants à se surpasser. Malgré l’enjeu, il règne un fair-play incroyable, dont le paroxysme sera atteint lors de la finale, stoppée par un soudain orage, qui verra le lutteur le plus gradé offrir la victoire à son jeune opposant en reconnaissance de son beau parcours.

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Alors qu’un klaxon retentit au lointain, la foule se retourne soudainement comme un seul homme pour se précipiter vers les deux drapeaux rouges qui marquent la ligne d’arrivée des cavaliers. Si la tenue de cette compétition est discrète au fil de la journée, seule l’arrivée étant visible du public, elle n’en est en réalité pas moins importante. Plusieurs courses sont lancées, de huit à vingt-deux kilomètres en fonction de l’âge des montures – les jockeys ayant tous entre six et dix ans – mais ce sont les chevaux de cinq ans qui sont les plus attendus.

A l’arrivée de cette course prestigieuse, le public devient littéralement fou : quitte à se faire marcher dessus, les gens se jettent par dizaines sur (et sous) l’étalon vainqueur encore galopant, dans l’espoir de pouvoir le toucher, être couvert de sa poussière et de sa sueur, afin de s’arroger l’esprit du cheval victorieux. 

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Ici à Hatgal, le troisième tournoi est en revanche une vaste farce. Seules une vingtaine de personnes, dont une moitié de touristes, sont regroupées à l’écart du camp sur le champ de tir. C’est étrange comme l’archerie ne semble intéresser personne alors qu’on m’assure que la compétition est grandiose à Oulan-Bator…

Profitant de l’absence d’un des inscrits, ce simulacre de concours va néanmoins me permettre de réaliser artificiellement mon petit défi perso. Après avoir couru pour récupérer une des flèches à la pointe émoussée, je m’élance sur la piste, convaincu que le Robin des Bois qui sommeille en moi saura guider victorieusement mon projectile. Mais ne parvenant même pas à tirer droit, je manquerai de peu d’éborgner une pauvre badaude qui n’aura rien compris à ce qui lui arrivait. M’en fous, ça y est, j’ai participé au Naadam ! 

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Rédigé par Pierre

Publié dans #Mongolie

Commenter cet article

Nadege 01/08/2014 09:32

Et vive les beignets de moutons frits!!!

Oméro 19/07/2014 10:59

Mais l'histoire ne nous dit pas si tu as eut droit au claquage de fesses!... pourtant après le trajet en bus puis le raid à cheval, ton postérieur était à priori fin prêt ;) ...

Katia 18/07/2014 15:46

Effectivement vu la carrure des lutteurs, il était plus sage pour ton intégrité physique de choisir le tir à l'arc! Dommage pour les promeneurs! ;-) bisous. A tout!

Marrainelol 15/07/2014 20:47

Pas mal la kermesse !! Bisous, intrépide archer ;-)

Claire et Bruno 15/07/2014 18:52

Et comme à chaque article, on attend le suivant avec impatience! Merci, Pierre pour ces reportages passionnants!

Hugues 15/07/2014 13:10

Et la guide Nara ? elle t'a montré aussi les à-cotés de la fête?

Pierre 17/07/2014 11:52

Elle repartait avec son allemand mais on se recroisera peut être à UB pour découvrir les bons endroits où faire la fête !

Michel 15/07/2014 08:30

Tu n'es plus Robin de Loxley, mais Robin de Hatgal.

tatalolotte 14/07/2014 23:12

Un petit, tout petit archer, est né à Hatgal ! Là oû la compétition rime avec partage transgénérationnel ,reconnaissance de l'effort fourni,et encouragement des perdants!
Une belle fête tant attendue,il a bien fait de s'y rendre !!! Il ne te manquait que le costume ;-)