Oulan-Bator, entre gratte-ciel et bidonville

Publié le 4 Juillet 2014

La capitale mongole est une ville bien étrange, aux multiples visages, dont je n’ai pas encore réussi à décider si je l’aime ou la déteste. C’est un tel bordel que je n’arrive pas à mettre de l’ordre dans ma tête pour te pondre un article structuré à son sujet. Je vais donc faire ça à l’arrache, tel que ça me vient…

Victime successive du modèle soviétique puis de son implosion, d’une occidentalisation bâclée et d’un terrible exode rural, Oulan-Bator voit en son centre côtoyer gratte-ciels les plus modernes, barres de béton misérables et cabanes à l’abandon. Les innombrables policiers s’échinent tant bien que mal à mettre de l’ordre dans une circulation plus chaotique encore qu’à la campagne. Tenter de prendre le bus devient souvent une aventure épique dont on ne sort pas indemne, ce qui explique sans doute que chaque automobiliste se considère taxi et qu’il suffise de lever le bras pour que la première voiture s’arrête et te transporte directement à bon port, moyennant quelques petits billets.

Chercher à traverser la rue – quand bien même tu te trouverais sur un passage piéton pendant que le feu est rouge – relève tout bonnement du suicide. Sur le trottoir, tu croiseras aussi facilement des jeunes hommes aux coiffures de footballeurs que des moines bouddhistes, des vieilles femmes en vêtements traditionnels que des minettes en mini-jupe et chaussures de grandes marques. Il paraît que les boites de nuit de la ville sont si grandioses qu’elles font rêver les clubbers du monde entier, mais ça n’empêche pas la ville de regorger également de trous à rat miteux en tous genres.

Mélange étrange, donc, dont il ressort des sentiments mitigés. 

Le centre ville d'Oulan-BatorLe centre ville d'Oulan-Bator
Le centre ville d'Oulan-BatorLe centre ville d'Oulan-Bator
Le centre ville d'Oulan-BatorLe centre ville d'Oulan-Bator

Le centre ville d'Oulan-Bator

Si UB – comme on surnomme la ville ici – peut aujourd’hui abriter le tiers de la population du pays (soit plus d’un million d’habitants), c’est parce qu’au delà du centre-ville s’étend un gigantesque bidonville, qui remonte de plus en plus loin dans la vallée. Toutes les collines des alentours sont ennoyées de yourtes blanches et de cabanons aux toits colorés. En prenant un peu d’altitude, on arrive beaucoup mieux à se représenter à quel point le Ger District est immense. Mais s’il offre quelques panoramas imprenables par le dessus, il est beaucoup moins esthétique de l’intérieur.

Jusqu’à récemment, il suffisait de trouver un espace vierge et d'y dresser une barrière pour se considérer chez soi. La ville tente désormais de gérer l’urbanisation de la banlieue et octroie (gratuitement) soixante-dix mètres carrés de terrain à chaque nouvelle famille, où elle peut installer sa yourte ou sa cabane. Si des canalisations relient depuis peu le centre-ville au bidonville, alimentant des points d’accès communs à l’eau potable, la vie reste précaire et il est toujours nécessaire de venir chercher l’eau en trimballant de gros bidons sur des carrioles branlantes. De leur coté, les systèmes de gestion des déchets et de traitement des eaux usées sont respectivement inefficace et inexistant, si bien qu’on a souvent l’impression de se trouver au milieu d’un monumental dépotoir.

Le Ger DistrictLe Ger District
Le Ger District
Le Ger DistrictLe Ger DistrictLe Ger District

Le Ger District

Et pourtant, malgré tous les aspects rebutants d’Oulan-Bator, alors même que mes deux compères sont sur le point de partir en excursion dans le mythique désert de Gobi, j’ai décidé de faire une croix sur ce dernier pour passer encore quelques jours en ville. Je suis sûr que les habitants doivent pouvoir largement compenser la morne façade du lieu dans lequel ils vivent. C’est dans cette optique que j’ai finalement quitté Frizzette et Isabelle, sans doute temporairement, pour aller passer du temps en immersion dans le bidonville.

A peine arrivé, mes prémices de regrets de Gobi sont balayées par l’accueil de Begz et sa famille. Pas le temps de dire bonjour à tout le monde que je me retrouve déjà une assiette à la main. A force d’accueillir des dizaines de voyageurs chaque année, les quatre gamins les plus adorables de la planète ont acquis un anglais quasi-impeccable et ne sont pas farouches pour deux sous. Il ne me faudra pas longtemps pour les apprivoiser, apprendre un riff de guitare à Todo, jouer avec Manujun, promener les vaches avec Gadma ou chahuter avec Munglun, la petite dernière. Rajoute là dessus un atelier cuisine traditionnelle avec maman Sayumbo et les deux autres couchsurfers qui viennent d’arriver et le tour est joué. En fait, à bien y repenser, oui, j’aime cette ville !

Chez Begz, au coeur du bidonvilleChez Begz, au coeur du bidonvilleChez Begz, au coeur du bidonville
Chez Begz, au coeur du bidonvilleChez Begz, au coeur du bidonville
Chez Begz, au coeur du bidonvilleChez Begz, au coeur du bidonvilleChez Begz, au coeur du bidonville

Chez Begz, au coeur du bidonville

Néanmoins, si j’avais si hâte de découvrir la Mongolie c’était aussi et surtout pour sa nature sauvage. Je ne m’attarderai donc pas plus longtemps à la capitale et prendrai dès demain un bus qui m’emmènera plus loin vers le nord, jusqu’au Lac Khövsgöl. Seul petit bémol : le trajet ne dure pas moins de vingt-trois heures ! Bizarrement, j’ai un peu plus d’appréhension que mardi dernier

Rédigé par Pierre

Publié dans #Mongolie

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Marie-Reine 07/07/2014 14:13

Bonjour Pierre, je me permets de te tutoyer, ne te connaissant pas !!! C'est mon collègue de travail Lolo ANTONI qui m'a envoyé ton lien. Je tiens à te féliciter, tu racontes tous tes périples en vrai professionnel . En te lisant on a l'impression de les vivre à tes côtés ! Vraiment je t'encourage à continuer et qu'au final tu en fasses un bouquin, Tu es très doué et je tenais à te le faire savoir, tu mérites un GRAND BRAVO !

Pierre 10/07/2014 13:03

Merci Marie-Reine pour ce super message d'encouragement ! Je suis bien content de voir que mon lectorat s'étend à des gens que je ne connais pas !
Merci aussi à tous les autres pour vos messages, je ne prends plus le temps de répondre individuellement à chacun dans les commentaires, mais je prends toujours autant de plaisir à vous lire alors continuez ;) Je vous embrasse !

Eve 07/07/2014 09:30

Trop chouette de te voir profiter comme ça !
Belles photos... Oulan Bator est vraiment une ville très atypique...

tatalolita 05/07/2014 22:30

J'aurais fait le même choix concernant le désert de Gobi !Pourtant la ville et son mouvement sont impressionnantes de contraste et désorientent un peu !Heureusement que les rencontres nous recentrent en général !Tu dois être au bord du lac à l'heure qu'il est alors profites et ressources toi !

JP 05/07/2014 20:45

Une belle photo de famille.
La mosaïque de maisons est très impressionnante. Bonne route.

Françoise 05/07/2014 09:31

J'avais découvert Oulan-Bator au travers d'un rendez-vous en terre inconnue.
Ce mélange est tout simplement......... incroyable.......et tes photos sont encore magnifiques.
Ces personnes qui t'ont accueilli n'ont-elles pas un peu de regret d'avoir quitté la steppe pour cette vie urbaine de bidonville ? Viennent-elles d'ailleurs de la steppe ou d'une autre ville ? à quoi rêvaient-elles quand elles ont pris la décision de venir là ?
Bon voyage en bus !

Pierre 10/07/2014 12:58

La famille qui m'a accueilli a toujours vécu dans ce bidonville. Begz s'est fixé pour objectif de partir à en voyage à travers toute la Mongolie avec sa famille quand il aura atteint l'âge de 40 ans (soit dans 2 ou 3 ans). En attendant, il voyage en accueillant des gens du monde entier. C'est fou, il se souvient de chacun, des anecdotes, des photos... Vraiment des gens adorables, je vais essayer de retourner les voir quand je repasserai par la ville !

Marrainelol 05/07/2014 11:01

Pareil, le Rendez-vous en terre inconnue avec Bruno Solo... C'est sûr que la nature sauvage de ce pays est à découvrir absolument ;-) Bisous et bonne continuation !!