A l'école dans le Teraï

Publié le 15 Septembre 2014

C’est bien loin de l’agitation de Katmandou que nous nous réveillons ce matin. Le soleil vient à peine de se lever mais il est déjà temps d’aller travailler un peu au jardin, avant que la chaleur ne devienne insupportable. Dès neuf heures, même planqués à l’ombre, on commence déjà à transpirer à grosses gouttes et mieux vaut alors ralentir le rythme pour passer en mode feignasse.

Ici, c’est le Teraï, longue bande de terre sans le moindre relief s’étendant d’un bout à l’autre du Népal pour former la frontière avec l’Inde. Son climat tropical a facilité le développement d’une vaste jungle, protégée dans le parc national du Chitwan, aux portes duquel siège le petit village de Meghauli. Plus précisément, c’est dans le havre de paix qu’a construit Bishnu, baptisé « Eco-Park », que nous avons décidé de poser nos sacs pendant quelques jours. Malgré la chaleur harassante, quel bonheur de se mettre un peu au vert après une semaine dans la pollution de la capitale ! 

Eco-Park
Eco-ParkEco-ParkEco-Park

Eco-Park

La proximité du Chitwan aura eu raison de nos réserves quant au safari à dos d’éléphant. Il paraît que les pachydermes sont parfois un peu maltraités, mais ça n’aura heureusement pas été le cas ici. La culpabilité écartée, ne reste plus que le plaisir de se promener dans les hautes herbes entre les rhinocéros, puis carrément à l’intérieur de l’épaisse végétation tropicale, à travers laquelle notre monture se fraie facilement un passage à grands coups de trompe.

Une seule déception : ne pas avoir réussi à apercevoir de tigre. Il faut dire que c’était quand même très peu probable, bien que l’un des grands félins devait certainement être tout proche de nous, à en croire le cri caractéristique que poussa notre éléphant en sentant son odeur avant de détaler à toutes jambes ! 

Safari à dos d'éléphantSafari à dos d'éléphantSafari à dos d'éléphant
Safari à dos d'éléphantSafari à dos d'éléphant

Safari à dos d'éléphant

Outre la découverte de la région et le petit coup de main au jardin – bien relou au demeurant pour être tout à fait honnête –, c’est surtout pour passer du temps dans l’une des écoles du village que nous avons fait le déplacement. Le premier jour aura fait office de round d’observation : nous ne savons pas trop où nous mettre, les enfants restent timides et les profs semblent curieusement partagés entre scepticisme et admiration. Nous apprendrons plus tard que nous sommes les premiers étrangers à avoir jamais posé le pied dans l’établissement, ce qui explique largement le petit malaise des premières heures et la déroutante carte (plus blanche que) blanche qui nous est donnée. Mais très vite, l’atmosphère se détend, chacun prend ses marques et la magie opère définitivement.

Faute de pouvoir expliquer quoi que ce soit en népalais, c’est le costume de professeur d’anglais que nous enfilons automatiquement – du moins lorsque nous ne sommes pas simples spectateurs des performances de chants et danses traditionnels que les enfants prennent le plus grand plaisir à nous proposer. Pas certains d’avoir réellement les compétences pour jouer notre rôle efficacement, surtout en totale improvisation, mais dans cette petite école publique aux moyens inexistants, cela n’a pas grande importance et nous sommes finalement perçus comme de véritables messies. Les enseignants nous demandent la permission d’assister à nos cours, puis s’enquièrent de nos avis et idées d’amélioration lorsque nous suivons les leurs. C’est le monde à l’envers, et nos immenses privilèges se reflètent violemment dans le miroir de leur dénuement. 

A l'écoleA l'école
A l'écoleA l'écoleA l'école
A l'écoleA l'écoleA l'école
A l'écoleA l'école

A l'école

Assurément, nos quelques jours sur place ne feront pas de différence dans le niveau scolaire des pauvres élèves. Mais à voir les yeux humides des enseignants et l’excitation des enfants, nul doute que l’essentiel est à chercher ailleurs. Chacun se fout pas mal de savoir si les gamins comprennent quoi que ce soit de ce qu’on leur raconte. Seule notre présence compte en définitive. Comme si le fait de venir de si loin les faisait apparaître sur la carte du monde. Comme si notre passage aujourd’hui leur donnait l’importance qu’ils pensaient ne jamais avoir. Comme si notre simple présence légitimait toute leur existence.

Alors qu’initialement, disons-le sans honte, nous sommes surtout venus égoïstement ici parce que ça nous faisait bien plaisir, nous nous retrouvons malgré nous dans des bottes de héros difficiles à assumer tant elles semblent imméritées. Les deux camps perçoivent la situation bien différemment et cet incroyable décalage de perspectives se traduira à notre départ par un pathétique échange de remerciements émus : « Merci de nous avoir reçus  – Non, merci à vous d’être venus – Non, vraiment, merci à vous pour votre accueil… »

Une partie de l'équipe enseignanteUne partie de l'équipe enseignante

Une partie de l'équipe enseignante

Rédigé par Pierre

Publié dans #Népal

Commenter cet article

Avinab 12/04/2016 12:08

avinab.khakurel@gmail.com
WWW.portesaventure.com

Avinab 12/04/2016 12:05

That a great job man. Keep it up

Marrainelol 22/09/2014 09:08

Après ce petit break, nous avons hâte de vous retrouver très vite sur ce blog... A très bientôt pour des nouvelles :-) Profitez les chéris !!! Gros bisous à tous les deux.

Morgane 17/09/2014 16:30

Article hyper émouvant, les photos m'ont vraiment fait chaud au cœur !
J'trouve que c'est un très beau moyen à la fois de découvrir la culture mais aussi de laisser une marque de son passage.
Je t'imagine vachement bien prof :)

Plein de bisous à vous deux

Claire T 17/09/2014 08:21

Très émouvant....Tu es fait pour le reportage, Pierre! Je suis sûre que petits vous avez rêvé d'être maître et maîtresse....

Eve 16/09/2014 10:36

Wouahou ! encore une belle expérience de partagée ! quel bonheur de voir les étincelles qui brillent dans les yeux des enfants ... et dans les vôtres !
Bisous !

Paolo 15/09/2014 19:31

J'avais fait de même dans une école au Cameroun et cela reste l'un de mes meilleurs souvenirs. Ces rencontres la font partie de celles que tu risques le moins d'oublier c'est certain. Les enfants d'ailleurs ont la fâcheuse habitude de remettre bien des choses en place et de nous rappeler combien notre propre enfance était privilégiée, combien nos soucis n'en sont pas, et combien nous autres, nantis de la vie avons la mauvaise habitude de ne pas apprécier tout ce que l'on a.
Bises à vous deux !

katia 15/09/2014 15:59

Merci. On se dit tous que le plus important dans la vie c'est l'humain avec ses richesses de coeur mais voilà qui vient le confirmer. Que d'émotion encore une fois, et encore une fois, que des sourires! Comme d'habitude superbe article et ssuperbes photos.

Sabine 15/09/2014 14:14

Superbe ! Le Monde de adultes est déjà bien exaltant, mais celui des enfants l'est bien plus encore, en plus d'être sans doute très émouvant aussi ! Quelle magnifique expérience !
Puis belle retranscription, évidemment... Maxime a raison : ça mérite un éditeur ! ;)

Diana 15/09/2014 12:37

MAGNIFIQUE ... ÉMOUVANT ... !!! ET DANS LE CONTEXTE ... BOULEVERSANT ... Vous avez vécu une grande richesse ... très précieuse ...
A demain...

Michel 15/09/2014 12:33

Simplement MAGNIFIQUE, ces échanges, ce commentaire, vos photos. MAGNIFIQUE !!! (Qu'est-ce qu'ils sont beaux ces gamins !)

Maxime 15/09/2014 13:08

Qu'est-ce qu'ils sont beaux ces gamins !
Et encore une fois quel talent d'écriture! Je suis entrain de te trouver un éditeur...
Bise à vous deux