Le carnaval de Sucre, apocalypse aquatique

Publié le 16 Février 2015

Voilà déjà quelques semaines que ça fusait dans tous les sens, mais ces jours-ci, c’est vraiment devenu incontrôlable. Impossible de sortir de l’auberge sans s’en prendre plein la tronche. Le carnaval de Sucre n’est pas réputé pour ses danseuses à plumes et grands défilés prestigieux, comme peut l’être Rio – ou Oruro, son équivalent bolivien –, mais on sait malgré tout comment y faire la fête. Une fête interminable, placée sous le signe de l’eau.

« Ne reste pas à Sucre ce week-end, ça va être horrible. » Certains habitants blasés m’avaient prévenu il y a quelques jours. Bagdad. Beyrouth. Cela dit, les analogies guerrières pour décrire le chaos à venir n’auront fait qu’attiser ma curiosité et j’ai finalement décidé de me payer encore une tranche de rab en ville avant de tracer la route…

Du matin au soir – comme du soir au matin d’ailleurs –, les fanfares sillonnent la ville toute entière, suivies de leurs lots de danseurs éméchés. Un va et vient permanant de centaines de trompettes et tambours n’ayant d’autre but que de rythmer la guerre totale qui se déroule dans les rues de Sucre. Les vendeuses de cacahuètes se sont reconverties pour l’occasion en distributeurs de ballons de baudruche gonflés à l’H2O. Des plus jeunes aux plus âgés, tout le monde est armé, que ce soit d’un pistolet ou d’une bombe à eau, d’un spray mousseux dégueulasse, voire d’un quelconque récipient capable de déverser son contenu sur le premier venu. La plupart des adultes n’auront évidemment pas oublié de se munir également de leurs casques à bière et autres réserves de Whisky-Coca ou Leche de tigre, boisson alcoolisée privilégiée en cette période de carnaval. Feu à volonté.

Le carnaval de Sucre, apocalypse aquatiqueLe carnaval de Sucre, apocalypse aquatique
Le carnaval de Sucre, apocalypse aquatiqueLe carnaval de Sucre, apocalypse aquatique

Au milieu de cet apocalypse aquatique, pas moyen de rester spectateur. On se fout pas mal que tu te caches derrière ton appareil photo hors de prix, la poussette de ton bébé ou la canne témoignant de ton âge avancé. De même, ne te fais pas berner par l’aspect inoffensif du bambin tenant à peine debout ou de la mamie ridée assise sur son banc. Dès que tu leur auras tourné le dos, ils n’hésiteront pas à t’asperger copieusement. Gare aux voitures et minibus aussi, dont les passagers mitraillent allègrement depuis leurs fenêtres ouvertes. Et n’oublie pas non plus de lever les yeux, les plus lâches prenant un malin plaisir à balancer des bassines de flotte depuis les toits et balcons.

Bref, que tu le veuilles ou non, si tu es assez courageux – ou stupide – pour faire un pas dans la rue, tu es impliqué. N’essaye même pas de rester sec, c’est peine perdue. Seule solution : prendre part aux festivités. Claquettes, K-Way, Gopro… C’est parti !

La quasi-totalité des touristes semble avoir déserté Sucre. Certains doivent se barricader dans leurs hôtels, mais nul doute que la majorité a dû s’organiser un week end à Oruro, pour profiter du paroxysme des parades de ce très prestigieux carnaval inscrit chez ces messieurs-dames de l’UNESCO – dont on n’hésite d’ailleurs pas à dire, bien que moins connu de par chez nous, qu’il égale voire surpasse son homologue brésilien. Du coup, les rares occidentaux à oser se mêler à la foule de la capitale sont rapidement de véritables attractions.

Le carnaval de Sucre, apocalypse aquatique
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Si les locaux peuvent se montrer timides tant que tu restes sec en les foudroyant d’un regard menaçant, tu deviens inévitablement leur cible privilégiée dès lors que tu as clairement affiché ta volonté de participer aux combats. J’aime autant te dire que mon compère Loïc et moi-même en avons vraiment pris plein la gueule ! Deux heures plus tard, trempé jusqu’à la moelle, je regagne mon auberge le sourire aux lèvres. Il paraît que demain s’organise une grande bataille rangée : boliviens contre reste du monde. Il va être difficile de ne pas répondre à l'appel... 

Rédigé par Pierre

Publié dans #Bolivie

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Marrainelol 18/02/2015 08:42

C'est quand même drôle qu'une ville nommée Sucre, choisisse "l'eau" comme thème de son carnaval :-) Ca ressemble plus à un grand Père Cent qu'à un carnaval, enfin tel qu'on se le représente. C'est original et c'est rigolo de voir que tu as joué le jeu !! Moi, je me serais sauvée ;-) Alors... la bataille rangée, ça a donné quoi ? Bisous

Pierre 01/03/2015 11:31

Je savais pas à quelle heure c'était, j'ai dû la rater...

JP 16/02/2015 22:28

Ha ha ! Excellent !