Rentrée scolaire dans la Cordillera de los Frailes

Publié le 8 Février 2015

Ça y est, c’est la rentrée. Ce qui veut dire qu’après ma première présentation dans la bibliothèque de Yamparaez, EcoAmerica va pouvoir reprendre un peu plus sérieusement. Timing parfait : je viens de quitter Uyuni pour rallier ma chère Sucre, d’où j’ai prévu une petite expédition rando-éducative : trois jours de marche dans la Cordillera de los Frailes, trois nuits dans des petits villages reculés, trois écoles à visiter. Le plan parfait. Sauf qu’évidemment, tu t’en doutes, tout ne s’est pas passé exactement comme prévu.

Ça commençait plutôt bien, pourtant. Après une heure à l’arrière d’un camion avec quelques vieux locaux pour le moins surpris par la présence de gringos dans leur moyen de transport sommaire, mes deux acolytes du jour et moi-même arrivons à Punilla, premier pueblo de montagne facilement accessible depuis la capitale. A partir de là, ne reste plus que quelques heures de marche sur un ancien sentier inca, à travers la splendide Cordillera, pour rejoindre notre étape du soir, Chaucana et sa douzaine de cabanes. Enseignement du jour : doubler tous les temps de marche indiqués par les boliviens, qu’ils calculent à l’évidence sur la base d’un bon dopage à la coca.

Camion et chemin des IncasCamion et chemin des Incas
Camion et chemin des Incas
Camion et chemin des IncasCamion et chemin des IncasCamion et chemin des Incas

Camion et chemin des Incas

C’est ici que je vais faire ma première lecture dans une école. L’entrainement à Yamparaez m’a ôté le trac de la première fois et je me sens bien plus confiant. Cette fois-ci, j’ai décidé de changer un peu la forme de la présentation en mettant la maîtresse dans le coup, pour qu’elle pose quelques questions entre chaque chapitre, afin de garder les enfants pleinement actifs. Riche idée. Appelés à participer toutes les dix minutes, les enfants restent beaucoup plus facilement concentrés. Je pense que je garderai cette formule à l’avenir.

Il doit y avoir une petite vingtaine d’élèves dans l’établissement, nombre relativement élevé compte tenu de la taille du hameau. Et encore, tous ne sont pas présents, comme le petit Luis, huit ans, qui m’informera ne pas pouvoir venir à l’école sous prétexte qu’il doit aller bosser au champ. J’ai encore du mal avec le travail infantile, ça me met très mal à l’aise à chaque fois. Emilia m’explique que l’Etat a mis en place un programme de complément alimentaire qu’elle distribue à sa classe pour encourager les enfants à venir à l’école. Espérons que ça fonctionne…

L'école de Chaunaca
L'école de ChaunacaL'école de Chaunaca
L'école de ChaunacaL'école de Chaunaca

L'école de Chaunaca

Nouvelle journée de marche et nouvelle halte dans un village isolé. C’est là que les choses se compliquent. L’école de Maragua a l’air beaucoup plus grande que celle d’hier, mais pourtant, lorsque je pénètre dans l’enceinte de l’établissement, je me retrouve face à une équipe enseignante on-ne-peut-plus désœuvrée. Neuf professeurs, et pas un seul élève ! On m’informe que même si la rentrée officielle était effectivement il y a trois jours, la plupart des élèves sont encore disséminés à travers la campagne et ne regagneront sans doute pas les salles de classe avant lundi prochain. Merde alors, je m’y attendais pas à celle-là !

Alors que je leur explique mon projet, les instituteurs semblent néanmoins extrêmement intéressés par l’idée de ma présentation et ne tardent pas me supplier de leur en laisser une copie. Dire que j’allais moi-même les prier de bien vouloir en faire la lecture la semaine prochaine… En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tous les profs se précipitent dans leurs chambres respectives pour aller chacun chercher une clé USB et m’accompagner à ma cabane – à vingt minutes de marche – pour être sûr de récupérer la petite histoire et les images qui l’accompagnent. Je sens comme une impression de monde à l’envers !

Je commence à me demander si je ne me suis pas trompé de cible avec mon projet. Tous les enseignants à qui j’en parle se montrent incroyablement ouverts et avides d’en apprendre plus sur la chose environnementale, afin de pouvoir restituer leurs connaissances à leurs élèves. Plutôt que de vouloir effectuer moi-même la présentation à quelques classes restreintes aussi bien dans l’espace que dans le temps, peut-être serait-il beaucoup plus efficace de m’appliquer à la distribuer à un maximum de professeurs, afin de toucher indirectement beaucoup plus d’enfants ? Je n’ai pas l’intension de délaisser les écoles, mais plus que jamais, faire diffuser le document via des organismes comme Biblioworks semble avoir tout son sens.

Autour de MaraguaAutour de Maragua

Autour de Maragua

Troisième jour. Un autre type d’imprévu à la bolivienne m’empêchera de me rendre dans le dernier établissement que je comptais visiter. Il aura fallu près d’un mois pour que ça arrive, mais ça y est, la pluie a coupé la route. Un orage nocturne si violent que le sol en aura tremblé suffisamment pour me réveiller ! Le chemin de terre  s’est transformé en patinoire boueuse. Les bus n’iront pas plus loin pendant quelques jours. Je vais devoir faire demi-tour moi aussi sous peine de me retrouver bloqué de l’autre coté de la montagne. Le seul véhicule du village partira cet après-midi en direction de Sucre. J’en serai donc.

Mon bus, empêtré pendant deux heures

Mon bus, empêtré pendant deux heures

La pluie s’étant calmée, je me dis que je vais en profiter pour me balader dans le coin en attendant le départ de mon minibus. Il paraît que la région recèle de nombreuses empreintes de dinosaure fossilisées, ça peut être chouette pour tuer le temps. Ultime erreur. Pensant m’embarquer dans une courte aventure à l’ombre des nuages, je me retrouve finalement à marcher six heures sans eau, chapeau ou crème solaire, sous un terrible soleil ayant rapidement repris ses droits. Résultat de cette rando merdique façon Sibérie : le pire coup de soleil de ma vie ! Ça fait trois jours que je ne peux pas froncer les sourcils sans hurler de douleur, j’ai du pus qui me sort du crâne… Et en plus de ça, je n’ai jamais trouvé ces foutues empreintes de dinosaures. Sur ce coup, j’ai vraiment pas fait semblant d’être con.

Rédigé par Pierre

Publié dans #Bolivie

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Marrainelol 09/02/2015 09:26

Bien hecho, el gringo ! El plan empieza a tomar forma... poco a poco !! Grâce à toi, j'écris mes premiers mots d'espagnol ;-) Soigne bien ton coup de soleil... Bisous A+

Omero 08/02/2015 18:27

Tu ne serais pas le petit papillon qui d'un bruissement d'aile... déclenche une tornade à l'autre bout du monde? Tornade bienfaitrice bien sûr sur la conscience collective!

Omero 08/02/2015 18:27

Tu ne serais pas le petit papillon qui d'un bruissement d'aile... déclenche une tornade à l'autre bout du monde? Tornade bienfaitrice bien sûr sur la conscience collective!

tatilolita 08/02/2015 17:55

Bon plan !!!! Informer les instits !J'ai l'impression que ta démarche prend une forme tentaculaire !Se diffuse .......se diffuse ........!Excellent !continue d'inonder le monde Pedro

christophe 08/02/2015 13:47

Impressionnant le fait que pedu dans les aides les profs disposent de clé USB !