Trois écoles et puis s’en vont

Publié le 20 Février 2015

Bon, ce coup-ci, ça y est. J’ai quitté Sucre pour de bon. Enfin. Déjà. Vache, rien que de l’écrire, ça me fait bizarre. Je me sentais bien là-bas. En quelques jours, j’avais eu l’impression d’être chez moi et n’avais cessé d’y revenir après chaque expédition hors de ses murs, repoussant systématiquement mon départ définitif. J’avais rapidement pris mes petites habitudes, comme celle quasi-quotidienne d’aller refaire le monde entre copains autour d’une bière artisanale du Goblin, passant imperceptiblement du français à l’anglais et à l’espagnol, donnant l’impression tous ensemble de donner corps à l’expression « citoyens du monde »…

Je saurai dorénavant quoi répliquer à l’une des questions qu’on me pose le plus fréquemment : « Dans quelle ville que tu as visitée te verrais-tu vivre quelques années ? » Jusque là, je n’avais pas vraiment de réponse. Maintenant, j’en ai une : Sucre.

Le pire, c’est que je ne sais même pas vraiment pourquoi. Ne me demande pas ce qu’il y a à voir, à faire, à visiter. Pas grand-chose de spécial, en définitive. Pas plus qu’ailleurs en tout cas. La ville est jolie, mais objectivement sans plus. Quelques musées sympas, sans pour autant recéler de quoi casser trois pattes à un canard. Finalement, après avoir lu les éloges que j’en ai faits ces dernières semaines, tu serais sans doute déçu si tu venais à faire le déplacement. Et pourtant, je ne peux m’empêcher de la voir comme une merveille. Alors qu’est-ce que c’est, hein ? Qu’est-ce qui me fait aimer cette ville plus que les autres ?

Le gang du Goblin, presque au complet

Le gang du Goblin, presque au complet

Je ne sais plus avec qui je discutais de ça l’autre jour – Loïc, me semble-t-il –, mais j’en suis arrivé à la conclusion que ce n’est pas tant la ville en elle-même qui opère de ses charmes ; plutôt le contexte dans lequel tu la découvres, qui conditionne ton appréciation. Les belles rencontres, les bons moments. Souvent des choses très simples, mais qui suffisent à créer une atmosphère si hospitalière que tu te sens comme à la maison. Je repense aux lieux où j’ai passé un peu de temps et me suis si bien senti : Greve in Chianti, Kuterevo, Oulan-Bator, Pékin et tant d’autres qui ne m’auraient certainement pas autant plu si les circonstances n’avaient été si favorables. Je repense à la découverte de Glasgow il y a deux ans, par l’intermédiaire de Karolis, John et Mohammad. Que de bons moments, qui m’ont fait tant aimer mon passage dans cette ville. J’en rigole encore à l’évocation de ces souvenirs… Et pourtant, qu’est-ce que c’est moche, Glasgow !  

Mais alors, ça veut dire que tu peux ressentir ça pour n’importe quelle ville, presque aléatoirement ? Sûrement. Merde, j’ai l’impression de trahir ma belle Sucre en écrivant ça. On va dire qu’il faut sans doute pour base un endroit un peu sympa, et assurément certaines villes sont plus charmantes que d’autres, mais oui, il semblerait bien qu’on puisse tomber amoureux d’une ville sans autre raison que les bons moments qu’on y a passés. A partir de là, dur dur de reprendre la route. Le besoin insidieux de planter des racines doit faire partie de la nature humaine – de la mienne au minimum –, même quand on se veut nomade…

Allez, j’arrête là ma dissertation pour aujourd’hui. Dire que pour le sujet de cet article j’hésitais entre les trois écoles que j’ai visitées la semaine dernière et mon récent séjour éclair à La Paz. A la place, je me retrouve à philosopher de façon plus ou moins compréhensible sur tout autre chose... On dira que ça devait me tenir plus à cœur. Toutefois, au cas où ça t’intéresserait, je vais quand même te lâcher deux-trois mots sur ces choses qui m’ont occupé dernièrement.

EcoAmerica à SucreEcoAmerica à Sucre
EcoAmerica à SucreEcoAmerica à Sucre
EcoAmerica à SucreEcoAmerica à Sucre

EcoAmerica à Sucre

Alors, oui, les écoles, EcoAmerica, tout ça tout ça. Parce que mine de rien, je continue de développer mon petit projet, et la raison officielle de ma prolongation de séjour à Sucre – outre le carnaval aquatique dont je t’ai déjà fait part en début de semaine – c’était que j’avais réussi, avec l’aide de Biblioworks et en particulier de Roxana, à organiser quelques rendez-vous pédagogiques à l’intérieur de la ville.

Mardi, présentation dans un refuge pour petites filles n’ayant pas eu trop de chance dans la vie. Adorables. Mercredi, double lecture dans une école un peu huppée. Bien différent, mais pas moins intéressant. Jeudi, rendez-vous avec une quatrième classe. Sauf que là, malgré le coup de fil affirmatif de la veille, c’est une porte close que j’ai trouvée. Il semblerait qu’en période de carnaval, l’ouverture des écoles – comme les marchés, restaurants et autres établissements publics ou privés – soit relativement aléatoire. Quoi qu’il en soit, le projet continue et se déroule plutôt bien jusqu’à présent !

La PazLa Paz
La PazLa PazLa Paz

La Paz

Arrivée à La Paz. Mouais, je suis pas super emballé. Peut-être parce que je viens de quitter Sucre à contrecœur et que découvrir une nouvelle ville ne correspond pas vraiment à l’envie du moment. Peut-être parce que je me retrouve à partager un dortoir avec un gros dégueu passant son temps à fumer des joints en regardant la télé pendant que j’essaye de dormir. Qu’est-ce qu’on disait ? L’amour qu’on porte à une ville dépend du contexte dans lequel on l’a visitée ? Ouais, bah La Paz ne part pas gagnante !

Là, en me promenant dans ses ruelles, je ne peux pas vraiment dire que je prenne mon pied. Je vois des bâtiments disgracieux, voire carrément moches, souvent inachevés et sans crépi (cette marotte qu’on a un peu partout autour du monde pour ne pas payer de taxe foncière !). Mon pauvre nez est pris d’assaut par la puanteur des ordures à tous les coins de rue… Sans doute ne suis-je en mesure de voir pour l’instant que le verre à moitié vide. Faudra que je revienne un jour dans de meilleures circonstances pour lui laisser une seconde chance.

Néanmoins, si déambuler dans la ville ne me semble pas présenter le moindre intérêt, je dois bien reconnaître que grimper sur les hauteurs d’El Alto avec le téléphérique auroral, admirer le soleil se refléter sur les toits noyés dans la brume du petit matin, contempler les montagnes andines enserrant la ville et les pics de l’Illimani surveillant la cité du haut de ses six mille quatre cents mètres, ça a quand même un petit quelque chose de magique… Ah, c’est bon, je revois le verre à moitié plein !

Rédigé par Pierre

Publié dans #Bolivie

Commenter cet article

Pierre 01/03/2015 11:30

Strasbourg, mon amour...

Michel 21/02/2015 09:24

Et Strasbourg dans tout cela, il est où ? Tu le places où Strasbourg sur l’échelle de Waaoh ?

Aurélie L 20/02/2015 13:06

J'aime quand tu philosophes ;)