De retour dans les écoles de montagne

Publié le 23 Mars 2015

Me revoilà en solo, même si ça ne sera pas pour très longtemps. Bien que Loïc soit parti à l’opposé, vers les plages de Paracas, nous nous reverrons déjà dans deux semaines. Floro et ses amis nous ont donné rendez-vous dans la ville de leur enfance, Ayacucho, qui semble être le meilleur endroit du pays pour célébrer la Semana Santa. Alors plutôt que de repasser par la côte, j’ai décidé de m’y rendre tranquillement par la montagne. Une sorte d’itinéraire bis, qui ne s’avèrera finalement pas des plus simples…

Les voitures privées étant quasi-inexistantes dans ce secteur, j’ai laissé tomber l’idée du stop. Faut savoir s’adapter. Je vais donc me rabattre sur le mode de déplacement local, simple et convivial. Colectivos, combis, carros… Peu importe le nom qu’on leur donne ou la forme qu’ils prennent, ces petits véhicules collectifs sillonnent les routes pour prendre au passage quiconque lèvera le bras au bord de la chaussée. Parfait, c’est exactement ce qu’il me faut.

Quitter Huaraz dans la direction souhaitée n’aura quand même pas été chose aisée. Suite à un après-midi de recherche, je finis par trouver un moyen de prendre la route, mais devrai me contenter de n’aller que jusqu’à La Unión. Bien que la ville ne se trouve pas à plus de cent cinquante kilomètres, impossible de pousser plus loin sans changer de véhicule. Il faut dire que malgré la distance relativement courte à parcourir, on annonce plus de cinq heures de trajet. Ok, je comprends mieux pourquoi le trafic est minime dans la région : les routes sont aussi sinueuses que chaotiques si bien que le commun des mortels préfère généralement faire un gros détour par les belles voies côtières plutôt que de se coltiner l’enfer des trajets montagnards. Je ne dois pas être tout à fait normal, mais en fin de compte, ça m’arrange bien en ce moment. Je vais faire des sauts de puce de bled en bled, ce qui me donnera enfin l’occasion de retourner dans les écoles, que j’ai délaissées depuis trop longtemps.

Vu l’accueil qui m’est réservé lors de ma première escale, il est clair qu’aucun étranger ne doit jamais passer par ici. Tout le monde me dévisage, non sans me saluer systématiquement avec un grand sourire. Il suffira que je m’arrête manger sous un petite guérite au bord de la route pour devenir l’attraction du coin. Tout ça ravive quelques bons souvenirs de ma vadrouille tibétaine l’an passé… Cool, c’est bien l’esprit que j’espérais trouver dans ce coin paumé !

Ecole de La UniónEcole de La Unión
Ecole de La Unión

Ecole de La Unión

Pour mon retour dans les écoles, on m’a réservé ici une sacrée surprise. Le directeur de l’établissement, que j’ai prévenu la veille au soir de ma visite, a réuni dans la même salle pas moins de deux cents élèves de huit classes différentes pour assister à ma présentation ! Un beau geste au demeurant, mais pas forcément très malin : compte tenu de l’immensité de la pièce, ceux du fond ne voient évidemment rien aux illustrations et n’entendent probablement pas grand-chose à ce que je raconte. Conséquence inévitable, un innommable bordel envahit rapidement les lieux et j’ai le désagréable sentiment que personne ne m’écoute. Merde alors !

Néanmoins, une fois la lecture terminée, j’ai le plaisir de voir arriver vers moi une vingtaine de petites filles avec une multitude de questions en tête. On passera bien vite du sujet environnemental à des interrogations beaucoup plus personnelles – puis à une inattendue séance de dédicace d’avant-bras et de cartables –, mais l’essentiel est que ma venue semble leur faire immensément plaisir. A cet instant précis, ce n’est plus au Tibet mais dans la lointaine école népalaise de Meghauli que j’ai l’impression de me retrouver…

Alors que je pense avoir atteint des sommets en matière d’hospitalité, j’arrive, quelques colectivos plus loin, à Cerro de Pasco, où m’attend un accueil encore plus chaleureux et sans doute la journée la plus mémorable de mon petit projet. Juste pour situer, Cerro de Pasco, c’est une ville minière bien étrange, construite tout autour d’une gigantesque carrière à ciel ouvert, qu’on continue de creuser de plus en plus profondément pour en extraire divers métaux tels que cuivre et plomb. Vu de l’extérieur, on dirait surtout que la ville est en train de se faire avaler par un gouffre sans fond… A l’instar de Potosí – et à plus forte raison puisqu’on dépasse ici les quatre mille trois cent mètres d’altitude –, la cité se targue d’être la plus haute du monde. Encore une fois, ma gueule d’européen ne passe pas inaperçue et je me fais rapidement des copains parmi un groupe d’anciens mineurs reconvertis en employés municipaux. 

Cerro de Pasco
Cerro de PascoCerro de Pasco

Cerro de Pasco

Je disais donc que c’est à Cerro de Pasco qu’on m’aura le mieux démontré ce que le terme bienvenue signifie vraiment. Tandis que je leur explique la raison de mon passage, Pedro-Angel et Richer, les deux directeurs survoltés de l’établissement, ne me laissent pas finir une phrase sans me serrer la main pour me remercier. Entre les divers boissons et mets locaux qu’ils m’offrent à la pelle, rares seront les moments où je ne me retrouverai pas la bouche pleine.

Dans un monde où l’on respecte beaucoup la hiérarchie et se donne toute la journée du « Monsieur le directeur » et du « Madame la professeur », je suis « el señor ingeniero francés Pierre ». Rien que ça. Ça fait bizarre, j’ai le sentiment qu’on me prend un peu trop au sérieux. Dans le fond, je suis juste venu raconter une histoire ! Mais rien à faire, Richer me trimballe à travers son école comme si j’étais son Ministre en inspection, m’introduisant dans chaque salle avec le plus grand cérémonial.

Avant de commencer ma lecture devant les deux classes qu’il a regroupées, je tente de lui expliquer le concept, à savoir qu’il serait bien que les profs posent quelques questions entre chaque chapitre pour garder les enfants concentrés (d’autant que l’absence de pauses durant la présentation à La Unión m’avait confirmé la pertinence de cette formule). Tu parles ! Après avoir lancé une première salve d’applaudissements, Richer incite les élèves à m’envoyer eux-mêmes leurs questions. Nan, fais pas ça l’ami ! Je ne comprends rien quand les gamins me parlent !

Sauf que, Ô Surprise, si. Là, je comprends. Mieux : bien que je n’en revienne pas, j’arrive à improviser des réponses intelligibles. Génial ! Sans que je m’en sois rendu compte, mon espagnol est devenu suffisamment bon pour que je puisse interagir directement avec les enfants. Du coup, passées les quelques premières mains timidement levées, ça devient vite une véritable foire d’empoigne. Chacun tient absolument à m’interroger, quitte à répéter ce que le copain vient de dire. Richer, en bon animateur télé qu’il ferait, distribue la parole dans tous les sens et lance les hourras à la moindre occasion. Au lieu des quarante-cinq minutes habituelles, on arrivera finalement au bout de l’histoire après pas loin de deux heures et demi…

Ecole de Cerro de PascoEcole de Cerro de Pasco
Ecole de Cerro de PascoEcole de Cerro de Pasco

Ecole de Cerro de Pasco

« On va manger et on remet ça, hein ? J’ai encore trois autres classes qui aimeraient t’entendre. » Euh… Ouais, ok, avec plaisir ! Boum, rebelote. Re-histoire. Re-questions/réponses. Re-applaudissements. Re-autographes. J’ai l’impression d’être une rock-star. Jamais vu des gamins aussi intéressés par ce que j’ai à leur dire. Les profs aussi d’ailleurs. Chacun se réserve deux-trois questions à la fin de la présentation. Des questions qui ont d’ailleurs l’air de leur trotter dans la tête depuis longtemps. Je découvre avec plaisir que la chose environnementale ne leur est pas totalement étrangère, sur le principe tout au moins. S’ils reconnaissent d’eux-mêmes ne pas faire suffisamment attention, ils ont l’air vraiment avides d’en savoir plus sur ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire, le pourquoi du comment, les tenants et aboutissants. J’ai le sentiment qu’ils n’attendaient que le bon moment, un déclic, pour commencer à s’engager. Je sens une réelle volonté d’aller plus loin sur le sujet et me prends à rêver que mon intervention du jour puisse être le début de quelque chose pour les plus impliqués d’entre eux…

Rédigé par Pierre

Publié dans #Pérou

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Pierre 27/03/2015 14:53

Encore merci à vous tous qui avez contribué à rendre ça possible !

Marrainelol 26/03/2015 09:10

Muchas gracias "el señor ingeniero francés Pierre" pour ta carte qui trône également sur notre frigo ;-) Quel accueil, ça doit te faire chaud au coeur ! Il restera sans nul doute des traces positives de ton passage dans tous ces endroits... Bravo bravo et bisous !

Claire et Bruno 23/03/2015 22:13

Nous sommes devenus accros à tes épisodes de vie! C'est super ces gens prêts à accueillir l'étranger de passage! Merci pour ta carte , elle trône en vedette sur le frigo ! Bises

Massimo 23/03/2015 20:36

Excellent ! Enjoy amigos !

Agent G. 23/03/2015 18:25

Je viens de recevoir ta carte postale Agent B. Elle m'a fait énormément plaisir. Ton périple Sud-Américain nous troue tous le cul à l'Agence, profites bien l'ami.
Bises

Agent G.

FrancketGeraldine 23/03/2015 15:37

Salut Pierre, content de voir que tu es dans une tendance très positive et que l'accueil qui t'es réservé est à la hauteur de ton beau projet. Pourvu que l'élan "Rock star" continue le plus longtemps possible ! Merci pour ta carte, elle vient d'arriver il y a 2 jours.
Éclate toi bien !
Au plaisir de te lire....