Road-trip à scooter dans le Nord-Ouest

Publié le 22 Octobre 2016

Lundi 10 octobre 2016

La nuit n’ayant pas entamé d’un pouce l’exaltation provoquée la veille par notre petite excursion scooter, nous avons décidé ce matin de remettre le couvert, avec cette fois un peu plus d’ambition. Armés de deux véhicules réservés pour douze jours, nous pouvons emporter nos gros sacs et sereinement envisager une grande boucle à travers les montagnes du Nord-Ouest, qui forment la frontière avec la Birmanie. Il semble que les routes soient en très bon état sur une grande partie du territoire, de telle façon que le scooter constitue indéniablement le meilleur moyen pour s’y déplacer. Alors à moins de quatre euros par jour, pourquoi se priver ?

Nous aurons parcouru aujourd’hui une cinquantaine de kilomètres, et sans aucun doute les moins agréables de tout le circuit qui nous attend. Chiang Mai est la deuxième plus grande ville du pays, si bien qu’il faut rouler un bon moment avant d’en quitter les faubourgs. Ce n’est en fait qu’après trente cinq kilomètres de boulevards embouteillés que nous atteignons enfin les premières routes de campagne, pour bifurquer vers l’ouest à l’assaut des reliefs. Cela fait alors pas loin de trois heures que nous roulons, le soleil tape dur et nos fesses inexpérimentées commencent à être au supplice. La dernière demi-heure de trajet nous laisse plein d’espoir pour les jours à venir, mais il est temps de trouver un abri pour la nuit, sur les hauteurs de Mae Win.

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Mardi 11 octobre 2016

Cette nouvelle matinée de bécane est à la hauteur de toutes nos attentes. La petite route n°1013 sinue à travers la vallée que nous remontons peu à peu. Les derniers touristes semblent avoir disparu il y a un bon moment, au niveau des ultimes cabanes proposant une balade à dos d’éléphant ou du rafting sur bambou. Nous sommes désormais au cœur de montagnes à la végétation luxuriante, si luxuriante qu’il est la plupart du temps difficile de voir plus loin que les abords de la chaussée. Des paysages plus lointains se révèlent de-ci de-là à la faveur d’une crête ou d’une trouée dans les broussailles, et l’extase n’a alors d’égale que la frustration de ne pas être en mesure de faire de photo, faute de pouvoir s’arrêter en plein virage. Même si quelques nuages s’accrochent sur les sommets, le soleil est au rendez-vous pour la deuxième journée consécutive et je commence à me demander si la mousson ne serait pas en train de s’estomper précocement. L’air s’est néanmoins sensiblement rafraichi, mais rien de plus normal puisque nous avons passé quelques cols à plus de 1 700 m d’altitude et restons en permanence au delà des 1 300 m.

Nous ne parcourrons à nouveau pas plus de cinquante kilomètres aujourd’hui, mais ceux-ci nous auront conduits jusqu’au cœur du parc national de Doi Inthanon. Alors que je m’attends en toute logique à un parc naturel, je suis très étonné de découvrir que la vallée est tapissée de petites serres agricoles. Je suis d’ailleurs tout aussi surpris de réaliser un peu plus tard que cette vallée est occupée par des Hmong, alors je nous croyais en territoire Karen. Cela explique donc ce que faisaient sur la route les deux hommes que nous avions rencontré un peu plus tôt. En fait de conversation, nous avions simplement pu comprendre qu’ils étaient Hmong, donc, que l’un deux avait des ancêtres mongols, et qu’ils avaient respectivement 6 et 11 enfants – à moins que leurs enfants uniques respectifs ne soient âgés de 6 et 11 ans, on n’est pas tout fait certains sur ce dernier point. Toujours est-il que la rencontre aura été une nouvelle preuve que, même s’ils peuvent appartenir à des ethnies différentes, les thaïlandais dans leur ensemble sont toujours aussi gentils. Alors que je viens de garer mon scooter dans un virage assez large pour rester en sécurité le temps de faire une photo, nos deux amis aux noms imprononçables me proposent de casser la croute avec eux à l’arrière de leur pick-up, avant même que je n’ai eu le temps de leur dire bonjour ! Et pas moyen de repartir avant d’avoir partagé une bière (partagé, hein, on reprend la route après) et accepté de prendre dans notre sac une bouteille d’eau dont nous n’avions pourtant pas besoin… 

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Mercredi 12 octobre

L’air se refroidit de kilomètre en kilomètre ce matin. Il ne faudra pas longtemps avant que nous enfilions les vestes et je me prends à rêver de la paire de gants que j’ai laissée à la maison, alors certain qu’elle ne me serait d’aucune utilité pendant ce voyage. Nous grimpons sec jusqu’au sommet de Doi Inthanon, point culminant de la Thaïlande avec ses 2 656 m. Il ne fait pas si froid en fait, peut être 15 ou 16 degrés au thermomètre, mais l’absence de soleil ne laisse qu’une impression de vent glacial avec la vitesse du scooter. Le panorama depuis la pagode sommitale ne sera qu’une demi consolation. Le ciel est partiellement couvert et, même si le spectacle des nuages dansant sur les crêtes n’est jamais désagréable, j’avais secrètement espéré quelque chose d’un peu plus grandiose… Finalement, ce qui m’aura le plus marqué là haut aura été le changement de végétation, lorsque les palmiers et autres végétaux tropicaux laissaient l’air de rien la place aux pins que j’avais vu pour la dernière fois autour du Bassin d’Arcachon.

Après une petite balade dans la jungle, nous redescendons le massif sur son versant ouest. En moins d’une heure, nous retrouvons la chaleur étouffante des fonds de vallée, deux milles mètres plus bas. La transition est trop forte, nous décidons de pousser immédiatement plus à l’ouest, afin de remonter dans la montagne suivante à la recherche d’un peu de fraicheur. Rapidement, je remarque que des nuages noirs semblent descendre de la vallée dans laquelle nous nous sommes lancés. Un coup de tonnerre vient immédiatement confirmer ma crainte, on fonce droit dans l’orage. Les premières gouttes d’eau commencent à tomber et je nous vois déjà rouler sous des trombes d’eau sur une route glissante à souhait ; d’autant plus que nous n’avons pas la moindre idée d’où se situe le prochain village. Mais au détour du virage suivant, miracle, le ciel se ré-éclairci subitement, comme si la tempête avait décidé de changer de direction pour nous épargner. 

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Jeudi 13 octobre

Réveil forcé à l’aube. Un espèce de muezzin bouddhiste ne cesse de geindre dans son haut parleur et les boules quiess n’y changent rien. L’exaspération montante, je me prends à repenser à cette fameuse scène d’OSS 117, avec un brin d’empathie pour ce brave Hubert… La route de ce matin est particulièrement époustouflante. Les belvédères se succèdent et offrent chaque fois une vue imprenable sur les montagnes environnantes. Si quelques rizières tapissent parfois les zones les plus plates, aux abords des cours d’eaux, c’est surtout le maïs qu’on semble cultiver dans la région. La chose est pourtant étonnante puisque je n’en ai jamais vu le moindre grain dans quelque plat thaï que ce soit. Sans doute les agriculteurs de cette région pourtant reculée ont eux aussi été victimes de la mondialisation des échanges de denrées alimentaires, condamnés à abandonner leurs cultures vivrières pour produire toujours plus de céréales exportables à des prix déraisonnablement bas. 

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Vendredi 14 octobre

La frontière birmane n’est plus qu’à une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau et l’on n’ira donc pas beaucoup plus à l’ouest ; il est temps d’obliquer vers le nord. Les grandes routes ne présentant généralement que peu d’intérêt, j’ai réussi à nous dégoter un itinéraire bis via un petit sentier sinueux. Certes il nous fait faire un bon détour, mais il a en outre le mérite de nous faire passer par un petit village reculé, où j’espère que l’on aura l’occasion de rencontrer quelque authentique ethnie montagnarde. A mesure que l’on s’approche du hameau, la route se fait de plus en plus cabossée, et la jungle, envahissante. Les champs de maïs ont disparu ; seules demeurent quelques rares rizières dans certains fonds de vallée. On croise désormais beaucoup plus de poulets et de chiens errants que de voitures ou de mobylettes. Pour la première fois, je ressens véritablement une impression de bout du monde dans ces montagnes thaïlandaises – comme si, tel un bout de ficelle usé, ce petit sentier chaotique était tout ce qui raccrochait encore la région au reste de l’univers. Le village qui se trouve au bout du chemin forme pour ainsi dire un cul de sac, puisque la route qui s’en extirpe repart pratiquement en sens inverse. Mais petite déception en arrivant : le hameau n’a rien d’exceptionnel et les rares habitants, que rien ne distingue en fait de ceux des villages précédents, ne semblent pas particulièrement réceptifs à nos tentatives de rapprochement. Tant pis, ce sera pour une prochaine fois…

Nous redescendons de l’autre côté de la montagne via une route de crête aux dénivelés insensés. Ce faisant, nous dérivons encore un peu plus à l’ouest et la Birmanie ne se trouve désormais plus qu’à un jet de pierre. Personne ne semble avoir eu l’idée saugrenue d’ouvrir une guest-house dans les parages (la frontière étant fermée aux touristes), si bien qu’il nous faudra retrouver à contre cœur la route principale et avec elle la « civilisation » et l’hébergement. L’étape du jour aura été relativement longue – plus de 120 km –, mais nous ne serons pas tout à fait au bout de nos peines puisque nous aurons encore plus de mal à trouver de quoi manger. Nous venons d’apprendre que le roi de Thaïlande est mort hier, ce qui semble expliquer que toutes les boutiques et gargotes aient fermé leurs portes. Nous finirons néanmoins par débusquer l’unique restaurant ouvert à des kilomètres à la ronde, où nous auront le plaisir de discuter deux heures durant avec un sympathique thaï se faisant appeler Eddy, malgré son anglais des plus rudimentaires.

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Samedi 15 octobre

Ne me résignant pas à dénicher un village ethnique, j’ai par chance réussi à identifier sur la carte ce qui semble être un hameau Long Neck, non loin de Pha Bong, où nous avons passé la nuit. Persuadé d’avoir découvert une perle aussi rare que secrète, je déchante vite lorsque nous passons devant un gros panneau en indiquant clairement la direction. La désillusion est même totale en arrivant au village, quand nous nous voyons réclamer un droit d’entrée de 200 bahts, soit disant « pour le développement communautaire ». Voilà qu’on est tombé dans un piège à con… Quittes à être venus jusqu’ici, nous nous résignons la mort dans l’âme à traverser la rivière pour pénétrer les lieux, honteux de participer à ce que j’ai tendance à assimiler à du voyeurisme organisé. Il faut préciser qu’à l’office du tourisme de Chiang Mai, une photo de Long Neck se trouvait bien au centre des « attractions touristiques » de la région, entre la balade à dos d’éléphant, le carrossage de tigre et le singe qui jongle. Paye ton safari chez les sauvages, en somme… Bref, tout ça pour dire que, en réalité, nous avons été très agréablement surpris. Certes, le village de Huay Pu Keng est désormais clairement centré sur le tourisme, chaque maisonnette de l’artère principale proposant les mêmes statuettes et écharpes artisanales. Mais il suffit d’y déambuler quelques minutes pour constater qu’il y réside encore une réelle authenticité. Si le charme a si bien opéré, c’est aussi et surtout parce que nous avons eu la chance de discuter une bonne demi heure avec Mapang, l’une des dix-huit Long Neck de ce village de cent habitants. C’est elle qui nous aura expliqué que les petites filles se voient offrir le choix, à l’âge de cinq ans, de commencer ou nonà porter ces fameux colliers de bronze. C’est pour perpétuer une tradition qui se perd que Mapang a décidé, comme sa mère, de cingler ainsi son cou. Et aussi parce qu’elle trouve simplement ça beau. A la voir si rayonnante et rieuse, difficile de contredire l’argument de la beauté… 

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Dimanche 16 octobre

Toute petite étape aujourd’hui, à peine plus de quarante kilomètres. Après avoir fait un rapide aller-retour pour visiter une belle petite grotte à proximité de notre guest-house, nous reprenons la route en direction de Pai. Nous avions atteint hier le point le plus au nord par lequel passe la route dans le secteur et avons donc à nouveau bifurqué, cette fois vers le sud-est, pour initier un retour prochain sur Chiang Mai. Mais à peine avons nous parcouru quelques kilomètres sous un ciel noir que la pluie commence à tomber. Plusieurs légères averses se succèdent et nous parvenons toujours à trouver un abri rapidement. Jamais rien de bien terrible en définitive, mais vu la couleur des nuages, comment savoir ce qui nous attend ? Plutôt que de risquer d’être pris dans un véritable orage, nous décidons finalement de rester dormir à Pai. La ville n’a rien de très attrayant, bien au contraire. C’est la destination prisée des touristes venus un jour ou deux de Chiang Mai pour toucher les montagnes du bout des doigts. Du coup, c’est un véritable raz-de-marée d’occidentaux, difficile de ne pas boire la tasse après une petite semaine de quasi-solitude. Nous repartirons demain à la première heure vers d’autres cieux moins fréquentés.

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Lundi 17 octobre 

Alors qu’il nous reste cinq jours devant nous, Chiang Mai ne se situe déjà plus qu’à une journée et demi scooter si nous restons sur la route principale. Nous décidons donc de rallonger la boucle en repartant vers le nord-est, au lieu de poursuivre logiquement vers le sud-est. L’opération a de surcroit le mérite de nous éloigner des sentiers battus touristiques pour repartir vers des horizons moins surpeuplés. Il faudra d’ailleurs nous y reprendre à trois reprises pour trouver la petite route en question. Mal indiquée comme elle est, il est probable qu’elle ne soit pas fréquentée trop souvent par les locaux eux-mêmes. Rapidement, et pour la première fois de ce road trip, l’asphalte disparaît complètement. D’abord relativement large et en bon état, la voie se transforme après quelques kilomètres en une sente des plus chaotique. Filant droit vers la montagne, elle ne s’embarrasse d’ailleurs pas de serpentins inutiles, si bien que les dénivelés ne facilitent pas l’appréhension des crevasses. Ne manquent alors plus que les bourbiers, qui finissent inévitablement par arriver au détour d’une zone mal drainée. Il nous faudra ainsi parcourir une cinquantaine de kilomètres particulièrement éprouvants pour les bras et le dos avant de retrouver une route digne de ce nom et, dans la foulée, un petit village où passer la nuit. A voir l'ébahissement se dessiner sur tous les visages que nous croisons, il semble bien que nous ayons réussi à nous en éloigner, des sentiers battus. 

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Mardi 18 octobre

C’est sur une route de bien meilleure qualité que nous reprenons la route ce matin. Le passage d’un nouveau col nous a permis de déboucher dans la large vallée qui s’étend au nord de Chiang Mai. L’absence de toute trace de nuage nous permet d’admirer pendant un long moment le Doi Chiang Dao, troisième sommet thaïlandais, que nous contournons longuement sur ses versants nord et est. Du haut de ses 2 175 m, il toise toute la région de son imposante masse tout droit sortie de terre. Après avoir déposé nos affaires à la guest-house et visité un temple bouddhiste accroché à sa base, nous tentons de nous approcher du sommet en remontant à scooter la petite vallée qui le borde. La route est payante mais, sur un malentendu, nous ne déboursons que moitié prix – je doute que ces 200 bahts atteignent jamais les caisses de l’Etat… Le chemin ne nous permettra que de monter jusqu’à environ 1 200 m, encore très loin du sommet. Je repère sur la carte un sentier censé permettre d’y grimper. Il se fait trop tard en cette fin d’après-midi, mais, si le beau temps le permet, j’aimerais beaucoup en faire l’ascension demain.

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Mercredi 19 octobre

Le soleil est au rendez-vous et nous décidons donc de nous offrir une journée de rando pour nous attaquer au Doi Chiang Dao. J’ai réussi à trouver quelques infos sur internet et il semble qu’il existe bel et bien un sentier qui y grimpe. Nous n’avons d’ailleurs aucun mal à en trouver l’entrée et je me sens tout excité à l’idée d’entamer la montée jusqu’au sommet, déjà impatient de découvrir le panorama somptueux qui nous attend assurément tout là-haut. Les quelque deux cents premiers mètres se déroulent à merveille, mais très rapidement, les choses se corsent. Personne ne semble avoir emprunté le chemin depuis des lustres et la végétation y a déjà largement repris ses droits. Je ne sais pas s’il a plu cette nuit ou si la rosée ne s’est pas encore dissipée, mais le fait est qu’à nous frotter au feuillage qui nous barre la route, nous sommes trempés de la tête aux pieds en quelques minutes. C’est un combat de tous les instants pour se frayer un passage sur un sentier qu’on ne devine désormais plus qu’à peine. Mes avant-bras nus sont au supplice, taillés en pièces par une végétation acérée et des insectes en tous genres. Si au moins nous avions une machette… Moins d’un kilomètre plus loin, il est temps de se rendre à l’évidence : jamais nous ne parviendrons au sommet dans ces conditions. Non, là, pas le choix, il faut rebrousser chemin. Quelle déception !

Puisque nous avons déjà payé pour une deuxième nuit à l’auberge, nous passerons le reste de la journée à visiter la rase campagne au pied du Doi Chiang Dao. Je me rends compte que, pour avoir passé l’essentiel de notre temps sur des routes de montagne, nous n’en avons jusque là pas vu grand-chose, si bien que l’après-midi se révèle finalement des plus agréable. Après une dernière ballade dans une forêt de bambous, c’est en profitant d’un splendide coucher de soleil derrière la montagne que s’achève cette journée mal commencée. 

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Jeudi 20 octobre

Je me faisais la réflexion en reprenant la route que, mis à part quelques rares exceptions, nous n’avions pas fait énormément de rencontres depuis notre arrivée en Thaïlande. Peut-être la chose est-elle moins naturelle quand on voyage à deux que lorsqu’on gambade tout seul, forcé de s’ouvrir sur les autres. Sans doute la barrière de la langue représente-t-elle un réel frein ici, rares étant les thaïs qui pratiquent l’anglais dans la région. Ou alors l’occasion ne s’est simplement pas souvent présentée. Quoi qu’il en soit, le fait est que ce voyage s’est jusqu’à présent plus centré sur les plaisirs du road trip à scooter et la découverte des paysages montagnards que sur les échanges avec d’autres êtres humains. Le destin nous jouant souvent des tours amusants, il aura cependant suffit d’exprimer ce constat pour que survienne ladite rencontre.

Nous ne cherchions pourtant que l’hébergement pour la nuit, au hasard, comme tous les soirs. Lorsque nous arrivons au All farm and resort et demandons combien coûte la chambre, une discussion confuse s’engage entre Nid et Pit. « C’est que généralement les gens qui s’arrêtent ici ne payent pas, on fait plutôt un genre de wwoofing, vous voyez ? » Très bien, on va vous filer un coup de main alors ! Le couple parle plutôt bien l’anglais ; en dehors d’ici, madame est pharmacienne, et monsieur, maitre de taekwondo international. Avec leur ami Mon, lui aussi chrétien et anglophone, ils travaillent depuis sept ans à développer ce petit havre de paix, situé à 70 km au nord de Chiang Mai. Il y a peu, le terrain était en friche et nombre de riverains venaient y déverser leurs ordures. Mais petit à petit ont poussé arbres et maisonnettes, constituant désormais un lieu particulièrement agréable à vivre. Mon se charge de développer la ferme biologique et accueille chaque année quelques dizaines de wwoofers. Même si je n’ai pas saisi tous les détails, j’ai cru comprendre qu’à terme le lieu a également vocation à constituer une sorte d’espace culturel et sportif. A entendre les propriétaires, qui ont laissé tomber leurs businesses passés et englouti toutes leurs économies dans leur projet, il s’agit surtout d’une démarche éthique et spirituelle, pour se recentrer sur des choses simples et essentielles. Une démarche qui me plait pas mal.

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Vendredi 21 octobre

Depuis hier, nous sommes traités comme des rois. La saison touristique n’ayant pas encore vraiment commencé, nous sommes les premiers étrangers à passer cette année et nos hôtes sont avides de parler la langue de Shakespeare. Nous ne payons rien puisque nous avons accepté de travailler en échange d’un toit et de quoi nous remplir le ventre, mais, en réalité, nous n’avons pas grand-chose à faire. Les travaux de jardin post-mousson n’ont pas encore débuté et tous sont occupés à préparer l’arrivée d’un groupe de cent vingt personnes pour le week end. J’ai l’impression qu’on traine dans leurs pattes plus qu’autre chose, mais ils semblent simplement contents de nous avoir dans les parages. On nous confie de temps à autre une bricole à faire à droite à gauche, histoire qu’on ne culpabilise pas trop, mais on nous enjoint plus volontiers à nous relaxer ou aller nous balader. Les repas sont généralement pris en commun et c’est surtout là que les échanges vont bon train. Pit a l’air débordé mais prend quand même le temps de s’activer aux fourneaux, et même de préparer quelques mets sans viande puisqu’il a compris que Nara était végétarienne. De leurs propres dires, il semble uniquement leur importer que nous vivions ici une « bonne expérience ». Le couple ayant finalement dû s’absenter en ville pour faire quelques emplettes, nous passerons cette deuxième et dernière soirée en tête à tête avec Mon, à longuement échanger sur divers sujets. J’apprécie beaucoup ce petit personnage espiègle et discret. Effacé derrière son exubérant ami, cet épicurien se révèle passionné et passionnant dès qu’il ouvre la bouche. J’aurais beaucoup aimé pouvoir passer plus de temps avec lui, mais il nous faudra déjà reprendre la route demain matin.

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Samedi 22 octobre

Les adieux sont relativement brefs mais non moins sincères. Alors que nous tentons d’exprimer notre gratitude pour cet accueil si généreux, on nous rétorque des excuses pour ne pas avoir été plus disponibles pour nous. C’est le monde à l’envers. La frustration est néanmoins partagée ; c’est vrai qu’en restant deux nuits ici on aurait aimé pouvoir passer un peu plus de temps avec eux, mais bon, tant pis. Ça sera pour la prochaine fois… Deux heures plus tard, nous voici de retour à Chiang Mai. J’avais évalué notre petite boucle à environ 500 km, mais à l’instant où nous rendons les clés, mon compteur en indique exactement mille. J’ai pris goût à l’aventure à deux roues et je gage qu’il ne faudra certainement pas attendre des mois avant que nous ne remontions sur de pareils bolides. 

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Rédigé par Pierre

Publié dans #Thaïlande

Commenter cet article

Omero 27/10/2016 08:41

Un petit rituel et un réel plaisir de te lire avant de partir au boulot le matin ;) Merci et de grosses bises à Nara et à toi.

Eve 25/10/2016 10:48

1000 km en scooter ! top !
Bravo pour ce récit toujours très bien écrit et bonne route à tous les deux !
Bises
Eve

Pierre 23/10/2016 19:42

Plutôt que de réfléchir à un sujet bien précis pour en faire un article, je publie telles quelles mes carnets. Du coup, c'est vrai que ça fait beaucoup plus de volume, mais ça me prends vachement moins de temps en réalité ;)

Françoise 22/10/2016 18:38

Tu disais avoir moins "envie" d'écrire... C'est peut-être, sans doute, plus espacé et condensé... Mais je me régale autant de tes écrits et de tes photos. Je voyage... je voyage.... Merci ! La bise à tous les deux. Bonne suite ! Et à bientôt, à scooter ou pas.