En route vers l'extrême nord du Laos

Publié le 8 Novembre 2016

Mardi 1er novembre

Alors que nous sommes censés arriver d’ici peu à la frontière, après deux heures de route, je réalise que nous roulons dans la mauvaise direction. Chiang Khong était pourtant droit vers le nord-est ; alors pourquoi venons nous de passer Thoeng, loin au sud-est ? Je commence à craindre que le mec de la gare routière ne nous ait fait monter dans le mauvais bus. On risque fort de se retrouver dans la merde si c’est le cas : notre visa expirant aujourd’hui, il faut impérativement que l’on passe la frontière avant ce soir. Je nous vois déjà sauter du bus pour remonter vers le nord en stop… Et puis, l’air de rien, le chauffeur tourne à gauche ; nous voilà sauvés. Je ne comprendrai jamais pourquoi nous avons fait ce détour d’une heure et demi, mais peu importe, la destination est finalement atteinte. Nous passons une nouvelle nuit au bord du Mékong, comme il y a trois jours, mais cette fois côté laotien, à Hauy Xai.

En route vers l'extrême nord du Laos

Mercredi 2 novembre

Tous les touristes semblent embarquer d’ici pour une croisière de deux jours jusqu’à Louang Prabang. J’avoue que la chose me tente pas mal, mais nous avons décidé de commencer par monter dans les montagnes de l’extrême nord du pays. Premier arrêt : Louang Namtha, après quatre heures de bus. Nous y resterons sans doute deux ou trois jours pour essayer de randonner un peu dans la parc national de Nam Ha, afin de découvrir le Laos profond.

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Jeudi 3 novembre

Louang Namtha est implantée dans le nord d’une petite vallée plate, nichée au cœur des montagnes. Une situation idéale pour en faire l’exploration à vélo et prendre un premier contact avec le véritable Laos, resté jusqu’à présent caché derrière les guest-houses à touristes des artères principales. Le pays demeure bien pauvre et il devient évident que les infrastructures, notamment routières, sont largement moins développées qu’en Thaïlande. De nombreuses petites huttes de bambou – destinées à stocker les denrées alimentaires fournies par le PAM – ont fait leur apparition sur le bord des routes et ne manquent pas d’alerter quant au niveau de vie dans le pays. L’essentiel de la population laotienne travaille encore dans les champs et l’on voit partout dans les rizières s’activer d’innombrables paysans. Autour d’eux, comme pour compléter un paisible tableau rustique, les buffles des différentes familles paissent tranquillement les pailles laissées sur pieds, d’élégants échassiers blancs montés sur leurs dos.

Pour le peu que j’aie pu les côtoyer jusqu’à présent, les laotiens m’apparaissent moins avenants que leurs voisins thaïlandais. Timidité, surprise, harassement, différence culturelle… Quelle qu’en soit la raison, il semble souvent difficile d’obtenir un sourire ou une réponse à mes sabaidi. Exception faite des enfants, qui, comme partout dans le monde, restent le plus souvent curieux et amicaux. J’ai d’ailleurs l’impression d’en voir énormément, des enfants. Au bord des routes, devant les maisons, dans les rivières… Y’a personne à l’école, sinon ? 

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Vendredi 4 novembre

Petite complication : il est interdit d’entrer dans le parc national sans être accompagné d’un guide. J’ai toujours été réticent à passer par des tours organisés, mais je vois les choses un peu différemment depuis mon expérience au Népal (et accessoirement depuis que je partage ma vie avec une guide). Pour peu que la chose soit un minimum éthique, comme ça à l’air d’être le cas ici, c’est finalement un bon moyen d’injecter un complément d’argent dans les circuits courts des communautés locales – tout en facilitant la rencontre et la compréhension du pays. Je réalise qu’en fait ce n’est pas tant d’avoir un guide qui m’embête que de faire partie d’un groupe. Sauf qu’évidemment, six autres personnes se sont finalement inscrites au petit tour de deux jours qu’on a réservé… Bien qu’agréable, la randonnée du jour est, comme je le craignais, un peu frustrante. Trop de pause à mon goût, et pas assez de kilomètres. En revanche, Sai se révèle un guide hors pair, aussi sympathique, drôle et excellent cuisinier que fin connaisseur de la forêt. Il est originaire du village duquel nous avons commencé à marcher et se montre incollable sur les différentes plantes qu’il nous fait découvrir en chemin.

Après une rapide baignade dans la rivière, nous passons la nuit dans un petit village Khmu comme il en existe encore de nombreux au milieu de ces forêts. Les familles travaillent traditionnellement la terre sur abatis-brûlis mais le gouvernement essaye de les inciter à se regrouper et sédentariser pour, entre autres, protéger les forêts du parc. J’avais espéré qu’être accompagné faciliterait la prise de contact avec les autochtones, mais je ne suis finalement pas très à l’aise à débarquer comme ça. Nous sommes huit à déambuler l’air de rien entre les maisonnettes et la chose me donne encore la désagréable sensation, à tord ou à raison, d’être en plein safari voyeuriste. Les habitants ont beau avoir demandé à participer à ce programme d’éco-tourisme, leurs visages n’en demeurent pas moins relativement fermés. L’épaisse glace finit néanmoins par se briser, encore un fois grâce aux enfants. Nara pousse la chansonnette avec une fillette, je fais jouer quelques garçons avec mon appareil, et nous nous retrouvons rapidement assis avec leurs parents autour de l’un des nombreux feux de camps apparus dans les ruelles à la faveur du crépuscule. Je terminerai la soirée à contempler longuement le ciel étoilé le plus splendide qu’il m’ait été donné de voir depuis longtemps, en échouant une nouvelle fois à en prendre un cliché qui lui fasse honneur.

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Samedi 5 novembre

Pour cette seconde journée dans le parc national, nous avons décidé de descendre en canoë le cours de la petite rivière au bord de laquelle nous avons dormi. Le courant n’est pas bien violent mais s’avère parfois délicat à manœuvrer sur nos embarcations gonflables de qualité douteuse. Nous sillonnons ainsi la jungle de méandre en méandre, dans un calme que ne viennent troubler que nos cris d’excitation à l’approche de chaque nouveau rapide. Les traces humaines sont rares en dehors des deux hameaux à proximité desquels nous passerons. Seuls apparaissent de temps en temps quelques jeunes les pieds dans l’eau, ramassant des algues à jeter dans le wok ou tentant d’attraper quelque poisson pour agrémenter le repas. Nous mettrons près de six heures à rejoindre la confluence de la Nam Tha, où réapparaitra la seule route de la région. Je sors de l’eau fourbu mais particulièrement heureux de cette journée empreinte de dynamisme et de sérénité. Seule ombre au tableau : ma sacoche imperméable ne s’est pas révélée aussi fiable qu’elle n’aurait dû. Portables, appareil photo… tout a pris l’eau. Un rapide état des lieux révèle plus de peur que de mal pour l’essentiel, mais le meilleur de mes deux objectifs semble bel et bien noyé au delà de tout espoir de sauvetage.

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Dimanche 6 novembre

Nous quittons Luang Namtha en direction de Phongsali, la province laotienne la plus septentrionale. Les bus directs passent malheureusement par la Chine – que nous autres touristes ne pouvons pénétrer sans visa –, ce qui veut dire que nous allons perdre une journée en faisant escale à Oudomxai. Le trajet du jour est court – seulement trois heures – mais demain nous attend le plus gros morceau. Ce n’est finalement pas plus mal qu’on puisse se reposer un peu aujourd’hui ; l’intense journée pagaie d’hier a mis mon dos a mal et le tape-cul sur strapontin d’aujourd’hui n’a rien arrangé. Nous profiterons d’ailleurs du reste de la journée pour démonter l’objectif ayant bu la tasse pour méticuleusement tout sécher à l’intérieur. Je pousserai la connerie jusqu’à perdre l’une des visses, mais, contre toute attente, miracle, l’appareil redémarrera…

Lundi 7 novembre

Les trois premières heures du trajet sont assez monotones. Les vallées s’enchainent mais restent toujours profondes, si bien que l’on ne voit pas grand-chose d’autre que la jungle sur les versants et quelques champs dans les zones les plus plates. Par la suite, en revanche, le bus commence à prendre de l’altitude et les paysages s’ouvrent progressivement. Notre route longe désormais nombre de crêtes et la vue porte loin malgré les nuages. Voilà enfin du panorama ! Les montagnes sont partout recouvertes d’épaisses forêts d’un vert uniformément sombre, que viennent entacher quelques zones déboisées plus claires, où les agriculteurs s’activent à moissonner leurs récoltes. Après huit heures de bus, nous arrivons enfin à Phongsali à la tombée du jour. Sous un ciel tirant vers des tons orangés, l’horizon se décompose en multitude de crêtes successives, formant un dégradé de plus en plus clair jusqu’à ce que la montagne s’estompe totalement dans une brume lointaine. Magnifique !

Rédigé par Pierre

Publié dans #Laos

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Marrainelol 11/11/2016 11:57

Coucou les aventuriers ! Contente de voir que tout va bien pour vous :-) Merci pour ce nouveau partage, on est fan !! Have a nice trip ! Bisous à tous les 2

Denis 08/11/2016 21:14

Salut Pierre,
Juste un mot pour te dire que je suis toujours avec autant d'intérêt ton chemin à travers le monde. Du fond de ma garçonnière de Bourgogne, je voyage par procuration !
Continues à nous alimenter de tes road-trip.
si un jour ton chemin te mène vers le Vaucluse, Isa et moi seront ravis de vous accueillir ta compagne et toi.
Denis

Pierre 10/11/2016 13:58

Merci Denis, ce sera avec plaisir dès que l'occasion de présentera ;)